Avorter, de part et d’autre de l’Atlantique

Publié le 12 octobre par Héloïse Humbert

Conférence organisée dans le cadre du séminaire "A la rencontre des historien.nes de la santé" sur Zoom le jeudi 7 octobre prochain à 12h00 heure de Montréal (18h00 heure de Paris).

- Les praticien.nes de santé et l’avortement en France (XVIIe-XVIIIe s.)
Laura Tatoueix (CRH - EHESS)

Les praticien·nes de santé (médecins, chirurgiens, sages-femmes) occupent une place particulière dans l’histoire de l’avortement en France à l’époque moderne. Alors que la pratique est formellement interdite par les autorités religieuses et civiles, ainsi que par certains textes régissant les professions de santé à l’époque moderne (statuts concernant l’exercices des sages-femmes dans certaines villes, ou encore dans une autre mesure, le serment d’Hippocrate), ils possèdent des savoirs et des savoir-faire qui les font figurer en première ligne parmi les avorteurs et les avorteuses. Mais ils produisent aussi un discours médical sur le sujet, pourtant extrêmement ambigu, entre condamnation de l’avortement volontaire et transmission masquée de savoirs à ce sujet. Cette communication propose de revenir rapidement sur les résultats de ma thèse concernant les praticien·nes de santé, tant comme acteurs/trices des avortements que comme producteurs/trices d’un savoir à ce sujet.

- Les réseaux féministes d’avortement clandestin au Québec, 1969-1976 : un modèle de résistance aux normes véhiculées par l’État et l’institution médicale.
Marie-Laurence Raby (Université Laval)

En 1969, le gouvernement canadien adopte le bill Omnibus, légalisant l’homosexualité et la contraception et libéralisant l’avortement thérapeutique. Cette réforme du code criminel sur l’avortement réifie plusieurs normes sociales sur les femmes et la maternité et contribue à la médicalisation de cette pratique. Les réseaux féministes d’avortement se constituent alors en espace subversif, en donnant accès à des avortements sur demande et en s’opposant aux prescriptions normatives énoncées dans la loi. Ces réseaux font également preuve de résilience : les militantes féministes adoptent une stratégie transnationale entre 1973 et 1976 alors que la pratique illégale de l’avortement fait l’objet d’une campagne répressive de la part de l’État québécois. La poursuite de leurs activités et l’affirmation du rôle politique de leur réseau durant cette période montre qu’elles développent de manière ininterrompue, tout au long des années 1970, des pratiques en santé sexuelle et reproductive constituant des vecteurs de changements sociaux.

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