Histoires, méthodes et actualités des savoirs situés féministes

Publié le 4 novembre par Héloïse Humbert

Laura Aristizabal Arango, Florence Caeymaex et Marie Kill du département de philosophie de l’Université de Liège (Belgique) lancent un appel à communications dans le cadre d’un séminaire sur les histoires, méthodes et actualités des savoirs situés féministes les jeudi 3 mars 2022, jeudi 28 avril 2022, vendredi 7 octobre 2022 et vendredi 2 décembre 2022 à l’Université de Liège.

L’appel à communications :

En 1988, Donna Haraway publiait « Savoirs situés : la question de la science dans le féminisme et le privilège de la perspective partielle ». Discussion, à l’origine, autour des travaux de Sandra Harding (1986), ce texte s’ancre plus largement dans les débats suscités par la théorie du standpoint et l’idée d’une « objectivité féministe » dans le domaine des sciences naturelles (Evelyn Fox Keller, Sandra Harding, Ruth Hubbard) et sociales (Nancy Hartsock, Jane Flax, Hilary Rose, Dorothy Smith, Joan W. Scott, Patricia Hill Collins). Tout en déclarant ses affinités avec la déconstruction, son lien aux science studies ou encore sa fidélité à l’héritage marxiste, cette critique féministe de la science et de l’épistémologie dominantes s’en distingue pourtant. Certes, l’attention aux matérialités et aux discours, l’historicisation des savoirs, la conscience de la domination, la critique de l’hégémonie, le souci de tenir ensemble connaissance et émancipation, de faire une place au point de vue des assujetti·e·s, et la volonté de fournir une meilleure description du monde restent à l’ordre du jour, mais ces féministes renouvellent les manières de poser ces questions.

Consolider la proposition d’une objectivité féministe et faire de la place au « point de vue » réclament, selon Haraway, de réinvestir la corporéité de toute vision. Nous voyons avec nos yeux et nos corps, mais aussi au travers de systèmes techniques et sémiotiques, à travers des dispositifs de visualisation, qui sont autant de manières de voir. Cette vision incarnée – nécessairement localisée, limitée, partielle – fait du « comment voir » une question cruciale et repousse un double fantasme : celui, positiviste, d’une objectivité conquise « de nulle part », d’une position pleine et totale, comme celui, relativiste, de l’interchangeabilité infinie et indifférente des perspectives. En ce sens, parler de savoirs situés n’est pas faire de la partialité un but en soi : c’est la cultiver comme un « positionnement » (María Puig de la Bellacasa). L’enjeu de cette notion n’est pas la défense d’une identité ou d’une position donnée (réputée plus juste ou plus vraie). Il s’agit plutôt de rendre compte des lieux et des histoires depuis lesquelles nous voyons et produisons des connaissances ainsi que de construire, depuis ces localisations, des connexions partielles (Marilyn Strathern) avec ce, celles et ceux, humain∙es et autres qu’humain∙es, qui partagent nos mondes. C’est donc aussi se défaire de l’idée du monde comme objet passif, pour le penser comme lieu où nous vivons, comme un agent avec lequel nous cherchons à « lier des dialogues non innocents » et à inventer des façons de connaitre, d’agir et de vivre responsables (c’est-à-dire, selon le sens que lui donne Haraway, dont on peut répondre). Aussi la proposition des savoirs situés est-elle tout à la fois épistémologique, politique et éthique : une autre manière d’entrer dans les trames du savoir et du pouvoir.

Voir l’appel complet

Modalités pratiques

Souhaitant créer une communauté autour de ces questions, nous prévoyons une temporalité longue, sur deux ans, avec un séminaire en 2022, prolongé par un colloque en mars 2023. Les participant∙e∙s au séminaire seront les bienvenu∙e∙s à participer en tant qu’auditeur∙ice∙s au colloque, mais le présent appel à contributions vaut exclusivement pour le séminaire – le programme du colloque étant à ce stade seulement en préparation.

Le séminaire de recherche de 2022 consistera en 4 séances d’une journée chacune prévues aux dates suivantes :
- Jeudi 3 mars 2022
- Jeudi 28 avril 2022
- Vendredi 7 octobre 2022
- Vendredi 2 décembre 2022

Les interventions dureront 40 minutes et seront suivies de 20 minutes de discussions.

Les propositions de contribution (400 mots max.), accompagnées d’un titre, d’une bibliographie indicative, et des affiliations de l’auteur∙ice doivent être envoyées pour le 15 janvier 2022 à l’adresse suivante : savoirssitues@uliege.be

Les langues des propositions et des contributions sont le français et l’anglais.

Le séminaire sera suivi d’une publication (soumise à peer review).