Gouvernement des administré.e.s et rapports sociaux de genre : un regard renouvelé sur les effets politiques de l’action publique

Publié le 17 septembre 2021 par Héloïse Humbert

Appel à communication pour une section thématique du prochain congrès de l’AFSP intitulée “Gouvernement des administré.e.s et rapports sociaux de genre : un regard renouvelé sur les effets politiques de l’action publique”, organisée par Prunelle Aymé (CERI) Thomas Douniès (CURAPP-ESS et CRESPPA-CSU)

La dimension genrée de l’action publique a été démontrée par des travaux qui ont documenté, aux États-Unis puis en France, les présupposés de genre sur lesquels les politiques publiques reposent (Lewis 1992 ; Orloff 1993 ; Sainsbury 1999), leurs effets différenciés sur les femmes et les hommes (Jenson 2009 ; Mettler 1998), ou encore l’émergence de « politiques du genre » (Jacquot 2014).

Alors que le genre apparaît comme une dimension structurante du rapport aux institutions (Siblot 2006 ; Bozec, Réguer-Petit 2015) et de la manière dont ces dernières entendent gouverner leurs publics (Serre 2012), la question de l’articulation entre rapports de genre et rapport ordinaire à l’État reste peu explorée empiriquement. On en sait encore peu sur comment, au concret, s’articulent le déploiement des politiques et la structuration des rapports de genre.

Ce panel propose de dépasser cet état de la littérature en décloisonnant des courants d’analyse rarement pensés ensemble. Souvent situés à une échelle macro, les travaux sur le genre des politiques publiques ont peu intégré les apports de l’étude « par le bas » de l’action publique (Revillard 2018). De son côté, l’étude des policy feedback a peu documenté la dimension genrée des processus de légitimation de l’État (Dupuy, Van Ingelgom, 2015) et des effets politiques de l’action publique (McDonagh 2010). Enfin, la sociologie du genre et la sociologie de la socialisation politique n’interrogent qu’à la marge les effets de l’État dans la construction des rapports sociaux de genre.

En croisant ces approches, cette section thématique propose de penser le genre comme une composante des normes véhiculées par l’action publique et comme une dimension centrale de la réception des politiques publiques. Elle vise à rassembler des communications qui interrogent la dimension genrée de la socialisation à et par l’État. Elles seront adossées à des enquêtes empiriques, qui pourront porter sur des secteurs variés dans une diversité de contextes nationaux et d’échelles d’action publique.

Les propositions peuvent s’inspirer des pistes de réflexion (non exhaustives) suivantes :

- Axe 1 : Le genre comme prescription pratique des politiques publiques

Un premier axe d’analyse invite à étudier la dimension genrée des rôles sociaux et des figures d’(in)désirabilité que promeut l’action publique. En quoi les prescriptions genrées participent elles à la définition du bon et du mauvais pauvre, du bon et du mauvais migrant, du bon et du mauvais élève, etc. ? En quoi l’image de « bon.ne usager.e » s’articule aux rôles sociaux de genre dans d’autres sphères (être une bonne mère, un bon père) et à leur imbrication avec les rapports de classe et de race ? Dans quelle mesure ces normes de socialisation genrées peuvent-elles être résistées ou contournées par celles et ceux dont elles prétendent façonner
les comportements ? On pourra aussi réfléchir à la manière dont ces prescriptions pratiques révèlent des effets de spécialisation genrée de l’action publique, consistant en une surreprésentation d’hommes ou de femmes du côté des publics ou des professionnel.le.s.

- Axe 2 : Le genre, révélateur et vecteur des transformations des modalités de gouvernement

Un second axe propose d’étudier le genre comme un analyseur de la transformation de l’action publique et des modalités de gouvernement des populations. D’une part, en quoi les rapports de genre dans l’action publique nous renseignent sur les processus de « modernisation » de l’intervention publique, qui prétendent notamment à une gestion moins attachée à des statuts uniformes qu’aux caractéristiques individuelles ? Qu’est-ce que le prisme du genre nous permet de voir des mots d’ordres des réformes de l’État autour de l’activation, de l’autonomie, ou de l’empowerment des usager.e.s ? D’autre part, les transformations de l’État produisent-elles un gouvernement différencié en fonction du genre ? Les changement des formes d’intervention (délégation aux échelons locaux, approches « partenariales ») ainsi que l’enrôlement d’acteurs non-étatiques ont-ils un effet sur les dynamiques de genre qui se jouent dans le rapport des usager.e.s à l’action publique ? Des études situées en dehors de l’Europe pourraient également nous renseigner sur l’effet des différents contextes politiques sur la dimension genrée de l’action publique.

Vous pouvez nous envoyer vos propositions de communication au plus tard le 2 novembre 2021, à thomas.dounies@gmail.com et prunelle.ayme@sciencespo.fr.