Genres et normes dans l’Europe des Lumières

Publié le 28 septembre par Héloïse Humbert

Appel à articles pour la revue Dix-huitième siècle, n°55, dirigé par Stéphanie Genand et Stefania Ferrando, Florence Lotterie, Anne Verjus et Jean-Christophe Abramovici.

Le long 18e siècle – envisagé depuis la parution De l’égalité des deux sexes de Poullain de la Barre (1673) jusqu’à la promulgation du Code civil – constitue un territoire privilégié pour tenter l’archéologie critique de la différence des sexes : soit de la manière dont elle se constitue philosophiquement, se représente esthétiquement, en littérature ou en histoire de l’art – le 18e serait ici « le siècle du sexe » (Harvey, 2010) tant sont nombreuses les œuvres qui le placent au centre de l’intrigue, mais aussi celui du « sexe bavard » (Foucault, 1976) – et s’institue politiquement, sous la Révolution et le Consulat. Les Lumières posent ainsi trois questions capitales aux études de genre : celle de leur socle philosophique – quels arguments, quelles raisons fondent la différence entre hommes et femmes ? –, celle de leurs fables esthétiques – quels mots, quels discours, quelles images racontent ou montrent cette différence ? – et celle de leurs normativités politiques : quelles lois, quels textes, quelles valeurs transforment cette différence de sexes en détention différenciée de l’autorité ?

Nous avons choisi de privilégier l’articulation entre « genres » et « normes » dans l’Europe des Lumières. Par « normes », nous n’entendons pas un cadre fermé et intangible, mais un système au contraire mouvant, se redéfinissant au gré de contraintes institutionnelles (la loi, le marché…), de volontés collectives ou individuelles, ou d’ajustements plus ou moins désirés. Ces normes seront envisagées autant dans leur articulation aux constructions et évaluations (imaginaires et émotions inclus) des « différences » dans la stratification sociale et raciale, que dans celles des sexualités et de leurs corps (eux-mêmes « construits »). C’est notamment cette résonance « intersectionnelle » qui conduit à passer du singulier (le genre comme outil d’analyse) au pluriel (les genres comme mise en travail des identifications). Et ce sont alors des jeux multiples par rapport à la norme dont nous chercherons à proposer une cartographie active : un tableau mouvant et européen des rapports de genre au 18e siècle, où s’esquissent des dynamiques et des pratiques en même temps que s’énoncent des discours et que s’exercent des pouvoirs.

Les contributions susceptibles d’une approche interdisciplinaire et ouvertes sur des corpus transversaux et internationaux retiendront donc plus particulièrement l’attention.

Les propositions (titre et présentation d’une quinzaine de lignes) sont attendues pour le 15 novembre 2021. Elles doivent être envoyées à l’adresse suivante : dixhuitiemesiecle55@gmail.com.

Les articles retenus, d’une longueur maximale de 30.000 signes espaces inclus, seront à rendre le 30 mai 2022 à la même adresse.

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