Genre et réformes de l’État

Publié le 12 octobre par Héloïse Humbert

Appel à communications pour la section thématique "Genre et réformes de l’Etat" du prochain congrès de l’Association française de science politique (Lille, 5-7 juillet 2022).

Cette section thématique vise à comprendre comment le genre permet d’interroger la « réforme de l’État ». Si le dialogue entre analyse de l’action publique et études de genre s’est développé depuis les années 2000 (Perrier et Engelli 2015), il reste plus rarement mis à profit dans l’analyse des réformes de l’État. Les recherches qui prennent pour objet la remise en cause des dimensions constitutives des systèmes administratifs et des carrières des fonctionnaires (Pollitt et Bouckaert 2017) se sont largement développées. Leurs analyses privilégient des questionnements en termes de changement institutionnel (Streeck et Thelen (eds.) 2005), de transformation des légitimités bureaucratiques (Hood et Lodge 2006), de transformation organisationnelle (Bezes 2020 ; Bezes et Le Lidec 2016), ou encore de réagencement des rapports de pouvoir en particulier entre corps et professions dans l’État (Bezes et al. 2011 ; Kirkpatrick, Ackroyd et Walker 2004). Elles restent néanmoins le plus souvent appréhendées dans des perspectives aveugles au genre. Cette section thématique entend ainsi analyser les transformations de l’État à partir du genre dans deux directions principales : la façon dont le genre traverse le processus de mise à l’agenda et de mise en œuvre des transformations de l’État ; les effets genrés de ces politiques.

Le premier axe s’intéresse à la dimension genrée de l’élaboration des politiques de « réforme » de l’État. La promotion de ces transformations s’est largement opérée par l’« hybridation des élites » des secteurs public et privé (Gervais 2012) et par l’activisme de réformateurs qui ont assuré la diffusion et l’acclimatation du new public management au sein de l’administration (Bezes 2012). Mais comment les rapports de genre ont-ils structuré ces processus ? Dans quelle mesure la figure du « réformateur » est-elle genrée ? En quoi alimente-t-elle ou, au contraire, fragilise-t-elle la dimension historiquement masculine du rôle dirigeant dans l’administration ? En parallèle de ces premiers questionnements, cet axe pourra aussi être l’occasion d’interroger les logiques d’alliance ou de concurrence au sein de l’État entre les promoteurs des réformes managériales et les promotrices des politiques d’égalité dans la fonction publique. En France, les secondes ont saisi l’agenda de la « modernisation » de l’État pour y incorporer les politiques d’égalité des sexes (Jacquemart, Le Mancq et Pochic 2016). Comment s’est opérée concrètement cette alliance ? quel est l’effet de cette stratégie, notamment sur le contenu des politiques d’égalité ? À l’inverse, observe-t-on des rapports concurrentiels au sein de l’État entre ces deux mouvements ? À quelles conditions les politiques d’égalité peuvent-elles peser sur les réformes de l’administration ?

Le deuxième axe propose d’interroger la manière dont les réformes véhiculent, reproduisent ou limitent les inégalités de genre dans l’État (Conley, Kerfoot et Thornley 2011). La diffusion transnationale du new public management a profondément renouvelé les modalités de gestion de la carrière des agents de l’État. La gestion « au mérite », l’accroissement des voies discrétionnaires d’avancement et de rémunération vont de pair avec une dualisation de la fonction publique entre contractuels et titulaires. Ces évolutions pèsent-elles de la même manière sur les carrières des femmes et des hommes ? Faut-il y voir une érosion du caractère relativement protecteur du secteur public à l’égard des catégories dominées ? De même, on pourra interroger les effets des réorganisations des services, sous la forme de fusions mais également d’externalisations. Si dans le privé ces opérations s’avèrent défavorables aux femmes (Pochic et Guillaume 2009), qu’en est-il lorsqu’il s’agit de l’État ? Enfin, comment la promotion de la performance, de l’autorité ou de la disponibilité extensive au cœur de la figure du manager reconfigure les inégalités de genre ? En quoi alimente-t-elle les inégalités entre femmes et hommes, mais aussi entre hommes et entre femmes ?

Au croisement d’une sociologie de l’administration, d’une sociologie de l’État et d’une sociologie du genre, les propositions contribueront donc à montrer ce qu’une approche en termes de genre, et plus largement d’intersectionnalité, apporte à l’analyse des transformations de l’État. Elles s’appuieront sur des données empiriques solides et porteront sur un ou plusieurs contextes nationaux.

Les propositions de communication (de 1 à 2 pages maximum) sont à envoyer au plus tard le 1er novembre à marion.demonteil@dauphine.psl.eu et alban.jacquemart@dauphine.fr