Ce que les femmes font à la littérature de langue française en contexte multilingue

Publié le 12 avril par Héloïse Humbert

Appel à contributions pour une journée d’études organisée à l’Université du Luxembourg le 30 juin 2022.

Écrire pour les autrices francophones est un acte d’affirmation. La double marginalité (Parker, 1998) conférée par ces statuts périphériques (Casanova, 1990), liée à l’extraterritorialité hexagonale (a fortiori dans cette zone de la frontière linguistique romane) et le fait d’être une femme, comparée à la figure emblématique de l’écrivain français, interroge la construction d’identités décentrées. Le genre féminin constitue ainsi un critère de différenciation majeur et un opérateur de hiérarchisation dans le champ littéraire (Planté, 1989 ; Naudier, 2000 ; Gemis, 2009). Ces littératures des périphéries, que l’on pourrait qualifier tant de périphéries géographiques que sociales, tendent à cristalliser les stratégies d’écriture du genre (Bahar et Cossy, 2003). Là encore, un second point commun émerge : leur existence ne semble se matérialiser que par rapport à un centre hégémonique (Bourdieu, 1992).

Or, il semble que, si de nombreux travaux interrogent, dans une visée épistémologique, les zones d’interaction entre gender studies et sociologie de la littérature (Naudier, 2000 et 2010 ; Naudier et Ravet, 2005 ; Naudier et Rollet, 2007 ; Albenga, 2007 ; Rollet, 2007 ; Détrez, 2012 ; Sapiro, 2014), ils sont pourtant moins nombreux à avoir précisément croisé ces deux disciplines pour interroger la production littéraire du domaine francophone. Néanmoins, envisager la production des écrivaines de la francophonie par le biais de cette approche, nécessairement interdisciplinaire, apporte un éclairage précieux à la question de la perception et de la représentation par les autrices des rapports des périphéries littéraires à un centre hégémonique, ainsi qu’à celle des modalités concrètes de légitimation littéraire à l’œuvre au sein des espaces littéraires dits « minoritaires », notamment lorsqu’il s’agit d’espaces multilingues, avec les enjeux spécifiques que cela implique. Cette approche amène également une compréhension plus fine des stratégies déployées par les autrices pour se positionner dans le champ littéraire et pour surmonter, ce faisant, leur double marginalité - encore renforcée lorsque le français représente pour elles une langue d’adoption ou encore une « langue marâtre » pour reprendre les termes d’Assia Djebar. À cet égard, réseaux et institutions littéraires (Aron et Denis, 2006) jouent un rôle crucial, qu’il s’agira également d’interroger dans ce qui révèle du rapport entre l’état d’un (sous-)champ littéraire et les possibilités pour ses actrices, et acteurs, d’y occuper la position de leur choix.

Les intervenant.e.s intéressé.e.s sont invité.e.s à faire parvenir leur proposition de communication en français ou en anglais, d’une longueur de 500 mots, pour le 20 avril 2022 à l’adresse suivante : projetfeather@gmail.com. Les évaluations du Comité scientifique seront connues et diffusées pour le 30 avril 2022.

- Voir l’appel complet sur Fabula