Axe 6 - Travail, formation

La crise sanitaire et le confinement ont été un révélateur de la persistance des inégalités structurelles entre femmes et hommes sur le marché du travail et dans la prise en charge du travail domestique.« Femmes providentielles, mais femmes invisibles, sous-payées et surchargées », c’est ainsi que le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes résumait en quelques mots les premiers enseignements de la crise sanitaire. Cette dernière, doublée d’une crise économique, ne constitue pas une rupture avec l’ordre d’avant mais fonctionne au contraire comme une mise en lumière accélérée des problèmes qui traversaient la société française. Elle rappelle par ailleurs les liens forts, parfois complexes à démêler, entre les inégalités sur le marché du travail, dans la famille et celles existantes dans le champ de l’éducation et de la formation.

1. Au travail : des risques d’accroissements des inégalités hommes/femmes

Emplois féminins dévalorisés, temps partiel subi, C.D.D., faibles niveaux de rémunération dans le public comme dans le privé… Il paraît donc urgent de réétudier la hiérarchie des salaires et son évolution et les conditions d’emploi à la lumière du genre. Comment en est-on arrivé là ? Quels ont été les facteurs déterminants de cette évolution ? Quelle est la responsabilité des politiques publiques conduites depuis 20 ou 30 ans ? Et quelles solutions peuvent émerger pour à la fois lutter contre la précarité et garantir un salaire égal pour un travail de valeur égale ? Quelles politiques publiques réorienter ? Quelle mobilisation des partenaires sociaux organiser et sous quel mode ? L’analyse des conséquences différenciées entre les deux sexes de cet épisode singulier doit se poursuivre et s’intensifier pour mieux comprendre et combattre les facteurs de résistance à une plus grande égalité femmes/hommes dans la vie économique et sociale, et réinterroge également l’articulation entre vie professionnelle et vie familiale.

2. Travail et formation à l’heure du distanciel

En effet, et essentiellement pour les femmes cadres, l’irruption du télétravail comme nouvelle forme d’organisation pose et repose avec acuité la question de l’articulation entre vie privée et professionnelle et celle de la « charge mentale » des femmes. S’il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives, si le télétravail semble avoir été bien vécu par une large majorité de salarié.es, son développement ne paraît avoir contribué à une répartition plus équilibrée des tâches au sein des couples. Parallèlement, dans le champ de l’éducation et de la formation, si la crise sanitaire et le confinement ont été l’occasion de souligner les fortes inégalités entre les élèves et les étudiant.es selon leur milieu social, peu d’enquêtes se sont encore intéressées à la dimension genrée du rapport au savoir, à l’éducation et à la formation dans un contexte de formation à distance. Au-delà de la crise actuelle, avoir une approche genrée de l’impact du télétravail et de la téléformation, champs quasi-vierges aujourd’hui et analyser leurs conséquences différenciées entre les sexes, s’impose donc comme une question de recherche indispensable.

3. Formations sur le genre et pédagogie critiques

En réponse aux inégalités constatées dans la société et dans différents champs spécifiques, des enseignements et formations sur le genre ou prenant en compte le genre se sont implantées dans les cadres scolaires, non scolaires, universitaires et professionnels. Quelles pédagogies ces enseignements et formations mettent-elles en œuvre ? Quelle place font-elles aux filles, aux femmes et aux groupes minorés ? Comment articulent-elles les dimensions individuelles et relationnelles des situations de formation et la dimension collective et systémique des rapports sociaux ? Comment prennent-elles en compte la dynamique même des situations de formations et les rapports de pouvoir qui s’y manifestent ? Les pédagogies critiques et féministes se sont constituées comme des réponses possibles à ces écueils. Dans quelle mesure sont-elles mobilisées et mises en œuvre et avec quels effets ? À quelles pratiques donnent-elles concrètement lieu ? Comment ces dernières prennent-elles en compte l’intersectionnalité des rapports sociaux et que signifie finalement pour ces pratiques, comme pour les théorisations qui les soutiennent, éduquer et former à l’égalité ?

4. Formations sur le genre et mobilisations anti-genre

Alors que le sénat roumain vient de voter un amendement dans la loi pour l’éducation destiné à interdire à l’école et à l’université les activités propageant la théorie ou des opinions sur l’identité de genre en vertu desquelles « le genre est un concept différent du sexe biologique et les deux ne sont pas toujours identiques », quelle est la situation des formation et enseignements sur le « genre » en France et à l’international ? Quelles politiques de formation sont-elles menées sur ces enjeux ? Quelles questions prennent-elles en charge ? Où ces formations ou ces actions de formations sont-elles actuellement implantées ? À quel public, scolaire, non scolaire, universitaire ou professionnel, enfants, adolescent.es ou adultes sont-elles destinées ? Quels sont leurs contenus ? À quelles mobilisations et oppositions politiques et médiatiques font-elles actuellement face ? Quels sont les acteurs et actrices de ces mouvements et leur modalité d’action ? Comment enfin évolue leur rhétorique en fonction des contextes et des agendas politiques ?