Axe 4. Sexualités – Corps – Reproduction

Si l’approche des sexualités et les études LGBTQI sont aujourd’hui une des principales entrées du genre, c’est que la sexualité se déploie dans tout l’espace social, comme institution de hiérarchisation des sexes et des sexualités, comme enjeu de mobilisations sociales et politiques productrices d’identifications et de nouvelles normativités, comme expérience, parcours individuel, et ensemble de pratiques structurant le genre au fil de la vie. La sexualité est un espace où les rapports de genre se construisent et se matérialisent, faisant advenir des partenaires inégaux et des représentations asymétriques du masculin et du féminin, de plus en plus contestées. L’expérience transidentitaire, comprise dans les approches LGBTQI, est certes moins axée sur la question de la sexualité dont elle s’est historiquement démarquée, mais elle constitue cependant un espace de questionnement essentiel des études de genre contemporaines. Elle interroge en effet la partition classique féminin/masculin et homme/femme en posant frontalement la question des possibilités sociales et culturelles de sa mobilité individuelle et de sa fluidité éventuelle. Elle amène aussi à prendre en considération une autre partition hiérarchisée, celle qui prévaut entre personnes cisgenres et transgenres et constitue ainsi un élargissement des problématiques de genre. Là encore il s’agit d’un champ en plein développement qui mobilise une pluralité de disciplines et qui s’ouvre également à la problématique intersexe.

Ce que l’on appelle encore parfois les nouvelles techniques de reproduction ont permis, depuis la fin des années 1980, d’interroger à nouveaux frais les normes et les rôles de genre. Les innovations technologiques et médicales dans le domaine de la procréation, toujours plus sophistiquées, permettent de véritablement décomposer les différents ressorts de la paternité et de la maternité. Elles font également l’objet, dans la période contemporaine, de revendications politiques pour une justice reproductive et d’innovations réglementaires et législatives. Agissant sur les contraintes biologiques de la reproduction, elles recèlent en même temps la possibilité, pour des personnes dont la légitimité parentale est a priori contestée ou questionnée et pourtant désireuses de devenir parents, de les contourner voire de s’en affranchir.

Le corps est au cœur du système de genre. Il est à la fois l’objet et le support de l’identification de genre. Fabriqué, modelé, dressé depuis l’enfance pour être typiquement féminin ou masculin, il est aussi le lieu de résistances de la part des personnes qui cherchent à s’affranchir de normes de genre traditionnelles qui leur paraissent trop contraignantes ou simplement irrespectueuses de ce qu’elles sont. Qu’il s’agisse d’asseoir les normes inhérentes au féminin ou au masculin ou au contraire de déployer une forme d’agentivité créative ou critique, les pratiques sociales impliquant le corps (sexualité, reproduction, pratiques sportives, médecine et prévention des risques de santé, alimentation, etc.), loin d’échapper à la question du genre, permettent de renouveler sa compréhension et notamment de ne pas réduire l’espace du genre à la dichotomie masculin-féminin.