Axe 2 - Santé, vieillissement, vulnérabilités, care

Quels sont les liens entre le genre et les enjeux de santé et de soin, au sens médical ou non médical (care) ? Qui doit prendre soin de qui et de quoi, avec quelle reconnaissance ? Qui a le pouvoir légitime pour définir les urgences sanitaires, les prescriptions et les coûts qu’elles impliquent pour les collectifs comme pour les personnes ?
L’ensemble de ces questions s’adressent aux études de genre au travers de situations et d’agencements que le contexte de la pandémie de covid-19 a rendus particulièrement perceptibles : les tensions entre le pouvoir médical et le pouvoir politique, entre la vulnérabilité comme condition partagée et comme assignation sociale ; les inégalités liées au soin de soi ou d’autrui et les hiérarchies implicites entre les vies ; l’importance des récits pour dire la peur, la colère, l’isolement ou les solidarités nouvelles.

1. La construction genrée de la vulnérabilité et de la dépendance

La vulnérabilité est à la fois condition originelle, sentiment partagé et construction sociale. Dans le contexte néolibéral, la vulnérabilité de certain·es – supposé·es autonomes – peut être minorée, alors que la vulnérabilité sociale d’autres groupes peut être construite comme problématique. Il s’agit d’interroger les pratiques et les discours (politiques, artistiques, littéraires, scientifiques …) qui produisent les normes genrées de la vulnérabilité et de la dépendance ; ces discours et ces pratiques qui, fabriquant les sujets vulnérables, affectent différemment les personnes selon le genre et la sexualité. On peut également explorer les dispositifs de soutien, de jugement, d’intégration ou d’exclusion déployés pour prendre en charge la dépendance et la vulnérabilité.

2. Approches intersectionnelles des maladies et des épidémies

Dans les années 1980, l’épidémie du SIDA avait révélé à quel point les maladies, les affections, les douleurs et leurs différents traitements mettent en jeu non seulement le genre et la sexualité, mais aussi la classe sociale et la race, croisant les inégalités systémiques et les représentations. Le covid-19 a réactivé ces questions, qui resurgissent avec une acuité particulière selon les contextes sociaux et nationaux : quels sont les corps malades ou contagieux, les vies menacées à sauver et celles – incarcérées, illégalisées, déviantes, immigrées – exposées, implicitement dépréciées ? Quels sont, à l’articulation des différents rapports sociaux, les héroïnes et héros, les victimes, les suspect·es et les responsables des affections ? Quels privilèges et quelles hiérarchies les injonctions à la santé, au bien-être et à l’hygiène renforcent-elles ?

3. Prendre soin de sa vie et d’autres vies que la sienne

Les périodes d’incertitude extrême ou de désastre dévoilent à quel point les réseaux de soin et de care soutiennent la vie sociale, et une question politique centrale : traiter et être traité·e avec soin constitue une exigence fondamentale de la vie citoyenne, que les stratégies politiques doivent penser et affronter. Quelles solidarités les dispositifs collectifs du souci de soi et d’autrui permettent-ils ? Quelles inégalités leur absence constitue-t-elle ? Quelles résistances ou quelles luttes les défaillances du soin, comme question publique/du public, amorcent-elles ? Comment et pourquoi prendre soin de soi (self-care) ?