Approches intersectionnelles et liberté académique : le mot de la direction de l’Institut du Genre

Vaste champ de recherche permettant d’étudier les rapports de sexe et les constructions genrées du monde, les études de genre, que valorise et diffuse le groupement d’intérêt scientifique que nous dirigeons, font continuellement l’objet de controverses politiques.
La direction de l’Institut du Genre a pour tâche de promouvoir la pluralité des disciplines et des approches qui constituent ce domaine d’études. Parmi celles-ci, l’intersectionnalité, analyse de l’imbrication des rapports sociaux tels que la race, la classe, l’âge, le sexe, la sexualité etc., parfois associée aux perspectives décoloniales, fait l’objet d’attaques en rapport à sa légitimité, et suscite nombre d’amalgames.

Contre des aspirations politiques et universitaires qui, au nom de la protection de la République, voudraient mettre sous tutelle idéologique et étatique l’enseignement et la recherche française (cf. « Manifeste des cent », Le Monde, 31 octobre 2020), nous souhaitons rappeler ici notre attachement à la liberté académique comme l’un des supports indispensables de la vie démocratique, liberté par laquelle naissent des perspectives de recherches nouvelles, mais aussi grâce à laquelle, loin de toute tentation doctrinaire, un champ de recherche aussi riche que celui des études de genre met justement en débats ses enquêtes et ses approches scientifiques.
Cette liberté fondamentale devrait d’autant plus être protégée par nos institutions et nos représentants politiques que les études sur le genre et les sexualités sont aujourd’hui, en Europe comme ailleurs, la cible de mouvements qui veulent les faire disparaître.

Nous exprimons notre solidarité aux enseignant·es chercheur·es qui portent ce domaine d’étude au risque de subir toutes sortes de menaces, proférées par des fondamentalistes religieux ou des acteurs ultra-conservateurs de tous types.
Encore le 6 novembre dernier, lors du colloque en ligne intitulé « Nos luttes changent la vie entière : 50 ans de MLF » (UMR FRAMESPA et TEMOS), des trolls masculinistes d’extrême droite sont venus en nombre perturber le bon déroulé du programme : le colloque a dû être interrompu. Nous dénonçons avec nos collègues ces pratiques d’intimidation. Nous rappelons notre engagement et notre vigilance, aux fins de préserver la vivacité et la pluralité du champ des études de genre.

Estelle FERRARESE, directrice de l’Institut du Genre
Delphine LACOMBE, directrice adjointe
Marc PICHARD, directeur adjoint