Le féminisme à l’assaut de l’homo economicus

Publié le 24 novembre 2020 par Institut du genre

L’Économie politique, n° 88, 2020/4, 112 p. Dossier sous la direction de Céline Mouzon.

Les analyses féministes passent depuis longtemps au crible les théories économiques, mettent au jour leurs impensés, et revisitent les notions de valeur, de travail, et les rapports d’exploitation. Si les sociologues ont été nombreux·ses à promouvoir ces approches, s’il existe depuis les années 1990 une très reconnue International Association for Feminist Economics et une revue à comité de lecture Feminist Economics, force est de reconnaître qu’en France, l’économie comme discipline et dans ses instances institutionnelles tarde encore à se saisir de ces questions.

Faut-il y voir le signe de la farouche défense par l’économie « mainstream » de son monopole sur le discours économique ? Cette économie s’est imposée comme une discipline opératoire en construisant une autonomie du marché par rapport à la société. Cela explique son imperméabilité à d’autres sciences sociales et sa réticence à remettre en cause ses catégories d’analyse. Face à cela, le discours féministe tend à dynamiter les catégories, même les mieux établies. Une approche féministe de l’économie ne peut donc qu’introduire du pluralisme dans un champ du savoir qui apparaît encore corseté.

Une telle approche interroge les deux sens du mot économie, le monde économique et le savoir sur ce monde. Elle éclaire bien sûr d’un jour nouveau les relations entre acteurs économiques. Mais la critique féministe questionne aussi les savoirs et leurs modes de production. Comme dans les autres disciplines, cette critique épistémologique, adressée à l’économie, peut permettre de fonder une objectivité plus solide.

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