Archéologie, Patrimoine et Genre : provocations féministes

Publié le 2 novembre par Institut du genre

Coordinatrices du dossier : Camila A. de Moraes Wichers & Letticia Batista Rodrigues Leite.

Le contexte actuel est marqué par des régressions dans le domaine des politiques publiques, notamment dans les secteurs éducatif, culturel et patrimoniaux. L’actualité est également marquée par des manifestations réactionnaires en opposition aux débats sur la diversité sexuelle et de genre, ainsi que par le racisme affirmé qui caractérise historiquement la société brésilienne (et bien d’autres). Cet état de choses pose des défis spécifiques aux chercheurs·ses et professionnel·les de l’Archéologie et du Patrimoine. Ce n’est pas un hasard si, partout dans le monde, plusieurs exemples mettent en évidence des tensions et des mécontentements liés à ces domaines. À cet égard, la manifestation féministe qui a eu lieu à Paris en 2013, devant le Panthéon, un monument historique d’importance reconnue, est emblématique. Les manifestant.es dénonçaient le fait lamentable que, à l’époque, seules deux femmes y reposaient pour 71 hommes. Plus récemment, des contestations contre des monuments représentant des responsables de la colonisation et de la mise en esclavage de communautés soulèvent des débats. Les discussions se concentrent sur la nécessité de déboulonner des statues, ce qui révèle de la lutte pour le patrimoine et pour le droit à la mémoire.
Ce numéro de la Revue d’Archéologie Publique (Revista de Arqueologia Pública) a pour but de réunir des réflexions montrant l’apport de la critique féministe et des débats sur l’historicité des identités de genre dans les domaines de l’archéologie, du patrimoine culturel et de la mémoire. Dans un article paru en 1984, intitulé « Archaeology and the Study of Gender », les archéologues nord-américaines Margaret Conkey et Janet Spector critiquaient déjà l’androcentrisme alors prépondérant dans les productions de ces disciplines. Les dernières décennies sont, quant à elles, marquées par la multiplication des approches féministes notamment inspirés des critiques avancées par des féministes noires, lesbiennes et trans. Elles dialoguent aussi avec des perspectives avancées par les critiques marxistes et les études culturelles, postcoloniales et décoloniales. Par conséquent, des variables telles que la race, la classe, la sexualité, la génération, parmi d’autres, à l’intersection de celle de genre, s’imposent comme des axes incontournables pour une approche critique des constructions des rapports sociaux.
Ce dossier vise à rassembler des réflexions théoriques, des analyses critiques de certains discours archéologiques et patrimoniaux, des études archéologiques qui portent sur la question du genre, des récits d’expériences de visite d’une exposition, mais aussi des propositions de nouvelles pratiques. Ces pratiques peuvent avoir pour but d’instaurer de nouveaux rapports avec le patrimoine culturel et de renverser les normes de différents ordres présents dans les discours patrimoniaux.
C’est donc dans le dessein d’entretenir les flammes de ces importants débats, que les chercheurs·ses qui travaillent sur des objets et problèmes variés, dans des espaces géographiques et temporels différents, sont invité·es à contribuer à ce numéro avec leurs provocations.

Date limite de soumission des propositions : 07 décembre 2020.
La revue accueille des propositions d’articles rédigés en portugais, en anglais, en espagnol et en français. 

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