Qu’est-ce que le non-humain fait au genre ?

Débat, Congrès de l’IdG « Genre et émancipation », Université d’Angers, 28 août 2019


Depuis quelques années nous assistons à un tournant épistémologique et théorique majeur dans les études de genre grâce à l’entrée massive dans nos agendas scientifiques d’acteurs non humains tels que les animaux, les forêts, la poussière, les objets, les cyborgs... Ce décentrement de l’humain interroge radicalement les fondements anthropocentriques de nos disciplines et nous oblige à la fois à repenser le genre mais aussi l’animalité, la technologie, la végétation, les enjeux de la construction des espèces et les artefacts au prisme des luttes féministes, anti-patriarcales et anticapitalistes. L’entrée de ces nouveaux sujets dans les études de genre et les luttes féministes conduit à envisager des coalitions politiques inter/trans-espèces dans lesquelles l’humain et le non humain dans toute sa diversité et complexité sont pris en compte de façon holistique, symétrique et post-dualiste.

Ce débat permet d’interroger la manière dont les études queer, les études critiques de la race et les études féministes mobilisent le non humain dans les controverses politiques. Ainsi, l’éco-féminisme menace-t-il les acquis du féminisme matérialiste ? Les nouvelles alliances qui surgissent entre queers, végans et sorcières risquent-elles de minoriser d’autres groupes, traditionnellement disqualifiés ? Dans le champ intellectuel et/ou politique, l’agentivité des un·e·s s’actualise-t-elle au détriment de celle des autres ? Est-il possible et souhaitable de construire sur ce décentrement de l’humain une convergence des luttes de genre, de race et de sexualité ?

Introduction par
Luca Greco, professeur de sociolinguistique à l’Université de Lorraine (Metz), travaille depuis plusieurs années sur les relations entre genre, langage et performance. Iel est membre du comité scientifique de l’Institut du Genre depuis 2016 et vient de publier un ouvrage Dans les coulisses du genre. La fabrique de soi chez les drag king (2018) pour l’éditeur Lambert Lucas.

Caroline Ibos, maîtresse de conférence en science politique à l’université Rennes 2 et chercheure au LEGS. Ses recherches portent sur la sociologie politique des domesticités, l’éthique du care et les approches intersectionnelles des subalternités. Ses dernières publications : « Éthique et politique du care. Cartographie d’une catégorie critique », Clio. Femmes, Genre, Histoire, 2019 ; « Masculinité des chiffonniers et exclusion des chiffonnières aux marges du patriarcat. 1830-1880 », Travail, Genre, Société, 2019.