Pour une cinéphilie "émancipée" : les enjeux d’une critique féministe du cinéma et des séries à l’heure de #MeToo

Débat, Congrès de l’IdG « Genre et émancipation », 28 août 2019


Carte blanche à Geneviève Sellier, professeure émérite en études cinématographiques à l’Université Bordeaux Montaigne.

En France, malgré les multiples aides publiques, les films réalisés par des femmes stagnent depuis 25 ans entre 20 et 25% et le pourcentage de films de femmes sélectionnés ou primés dans les festivals est encore plus bas. Pour faire sauter les verrous idéologiques et politiques qui empêchent les femmes d’accéder à la création, et qui délégitiment les œuvres de femmes, il faut s’autoriser à déconstruire les représentations dominantes que le « cinéma d’auteur », aussi bien que le cinéma populaire et les séries, imposent depuis des décennies en naturalisant la domination masculine.
C’est dans ce but que Geneviève Sellier a créé en novembre 2016 un site collectif de critique féministe des fictions audiovisuelles, Le Genre et l’écran, qui vise à prendre en compte les questions de genre, articulées avec les questions de classe et de race. Il s’agit de légitimer une approche qui, loin de négliger l’évaluation esthétique des œuvres, en propose une définition plus large : la qualité d’une fiction audiovisuelle est fonction de sa complexité, c’est-à-dire de sa capacité à utiliser les images et les sons pour explorer l’expérience vécue dans toutes ses contradictions. Le débat portera sur la manière de faire de la critique cinématographique un outil d’émancipation et non plus l’instrument d’un culte réactionnaire du « génie créateur ».

Geneviève Sellier
Thèmes de recherche : approche genrée des représentations cinématographiques et télévisuelles (cinéma français classique (1930-1960), la Nouvelle Vague, la fiction télévisée française, la réception populaire au féminin. Elle a publié : Le cinéma au prisme des rapports de sexe, avec Noël Burch, Vrin, 2009 ; Cinémas et cinéphilies populaires dans la France d’après-guerre, avec Gwénaëlle Le Gras (dir.), Nouveau Monde éditions, 2015.