Voiler son visage en Grèce ancienne : étude d’iconographie féminine

Thèse de doctorat en Archéologie - Aix-Marseille Université
Par Nathalie MARTIN
Sous la direction de Antoine HERMARY
Année de soutenance 2013

Résumé

Français Anglais
Le regard de l'autre est ce qui fait de nous des êtres humains. L'homme se nourrit de l'homme. Voiler son visage c'est priver l'autre de son image, c'est-à-dire de son identité naturelle et culturelle. Les motifs de femmes aux visage voilé apparaissent à Athènes au début du Ve siècle sur des vases à figures rouges. Des « mantel dancers » aux femmes trônantes différentes façon de voiler son visage ont été représentées. Ces images ont été découvertes de l'Asie mineure à l'Italie et de la mer Noire à la Cyrénaïque et à l'Egypte et dont les significations sont peu connues. La prise en compte des informations fournies par les documents d'autres natures, qui présentent un programme iconographique complet (céramiques, fresques, bijoux) a permis d'isoler sept groupes autour des différentes façons d'être voilé. Ils ont été datés et contextualisés. La prise en compte de toutes les variations que présentent les motifs, ainsi que des données fournies par les documents d'autres natures ont permis de donner un sens à un matériel, parfois issu de fouilles anciennes au contexte archéologique imprécis, et surtout de faire émerger des associations récurrentes porteuses de sens. Associée à un travail sur la valeur du geste et le sens du voile dans la société grecque, cette étude a permis de lier ces statuettes, longtemps objets d'interprétations différentes (femmes mariées, danseuses professionnelles, etc.), à des cérémonies féminines post-nuptiales liées à la fécondité, ainsi qu'avec certaines pratiques de cultes de type mystérique, comme celles du culte de Déméter ou de Cybèle.
Veiling her face in ancient Greece : a study of women iconography// The way the others perceive us is what makes us human beings. Humans feed off each other. To veil one's face is to deprive others from one's image, i.e. of one's natural and cultural identity. Veiled women first appear in Athens in the early 5th Century on red-patterned vases. From « mantel-dancers » to enthroned women, several ways of veiling one's face have been depicted. Between the 4th century and the 1st Century BCE, earthworks reveal an important number of works dedicated to various types of veiled women, found in as many different locations as Asia Minor, Italy, the Black Sea, Cyrenaica and Egypt, the meaning of which is little known. The consideration of documents of other types, thus offering a complete iconographic program (ceramic, frescoes, jewellery) has allowed to identify seven types of veiling. They have been dated and contextualized. Considering all the variations of these patterns, as well as the data obtained from documents of other types, has allowed to derive meaning from the material – sometimes originating from old excavations with precious little in the way of archaeological context – and, particularly, to reveal recurring, meaningful associations. Combined with work on the importance of gesture and the significance of the veil in Greek society, this study allows for the establishment of a connection between those statues, which for a long time have been subject to various interpretations (such as married women, professional dancers, and so on), and post-nuptial feminine ceremonies related to fecundity, as well as with some aspects of mysteries, such as those devoted to Demeter or Cybele.