Vers une théorie du roman postnormâle. Féminisme, réalisme et conflit sexuel chez Doris Lessing, Märta Tikkanen, Stieg Larsson et Virginie Despentes

Thèse de doctorat en Etudes de genre - Université Paris 8 Vincennes—Saint-Denis / Université de Helsinki
Par Heta RUNDGREN
Sous la direction de Anne Emmanuelle BERGER
et la co-direction de Tuija PULKKINEN
Année de soutenance 2016

Résumé

Français Anglais
Entre littérature comparée et études de genre, cette thèse vise à théoriser ce que j’appelle le roman postnormâle. A partir d’un corpus constitué d’un ensemble de romans européens contemporains [The Golden Notebook de Doris Lessing (1962), Les Hommes ne peuvent être violés (1975) de Märta Tikkanen, la trilogie Millénium ou Les Hommes qui haïssent les femmes (2005-2007) de Stieg Larsson et Apocalypse bébé (2010) de Virginie Despentes], d’une part, et d’un corpus de textes théoriques, littéraires et féministes, d’autre part, j’analyse la façon dont le roman postnormâle reprend le discours social concernant la différence des sexes pour s’adresser à un large public, tout en déplaçant subtilement les conventions réalistes afin d'inscrire dans l’écriture l’expérience du conflit sexuel du point de vue des femmes, voire des lesbiennes. Je procède en quatre étapes : j’étudie 1) l’ancrage des romans dans un « réel réaliste » et la fonction du détail dans l’esthétique postnormâle ; 2) le sociogramme du ‘féminisme’ dans les romans et leur réception ; 3) le récit de ce que j’appelle le contre-viol ; 4) l’inscription du désir-femme et la figuration, voire la constitution, d’un entr’elles. Ma proposition de théorisation du roman postnormâle s’inscrit dans une perspective postmoderne : elle implique de suspendre, sans toutefois l’ignorer, la double question de la littérarité et de l’évaluation des oeuvres, au profit d’une étude de l’objet littéraire en contexte. Enfin, du point de vue de la théorie féministe, ce travail ambitionne de repenser les liens entre les notions de féminin et de queer, à l’aune des théories féministes et lesbiennes contemporaines.
Theorizing the postnormâle novel. Feminism, realism and sexual conflict in the works of Doris Lessing, Märta Tikkanen, Stieg Larsson and Virginie Despentes. // Situated at the intersection between comparative literature and gender studies, this dissertation theorizes what I term the postnormâle novel. It deploys readings of four contemporary European novels along with a corpus of literary and feminist theory. The novels include Doris Lessing’s The Golden Notebook (1962), Märta Tikkanen’s Manrape (1975), Stieg Larsson’s Millenium trilogy or The Girl with the Dragon Tattoo (2005-2007) and Virginie Despentes’s Apocalypse baby (2010). My analysis of these texts examines the way in which the postnormâle novel reclaims social discourses of sexual difference for a mass audience while subtly displacing realist conventions in order to inscribe women’s—or lesbians’—experience of sexual conflict into the text. A four step process is used to study the work. First, I anchor the novels to a “realist real”, and study the function of detail within the postnormâle aesthetic. Then I chart the sociogram ’feminism’ in the novels and their reception. Thirdly, I read the narrative of what I call “counter-rape”, and lastly the inscription of woman-desire and the figuration—the constitution even—of entr’elles, a feminist space. The perspective of my study is postmodern, which implies a suspension—but not a disbelief—of the twofold question of literary status and literary evaluation, in order to focus on texts in their contexts. In this process, I aim to rethink the link between the notions of the feminine and the queer in light of contemporary feminist and lesbian perspectives.