Usages militants et institutionnels du droit à propos de la cause des femmes victimes du conflit armé en Colombie

Thèse de doctorat en Droit - Université Paris Ouest Nanterre la Défense
Par Carolina VERGEL TOVAR
Sous la direction de Véronique CHAMPEIL-DESPLATS
Année de soutenance 2013

Résumé

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A partir de la reconstruction et de l’analyse du processus d’apparition de la question des femmes victimes du conflit armé en Colombie comme une cause de mobilisation féministe, cette recherche rend compte du rôle structurel du droit dans sa gestation et sa consolidation. Grâce à une approche qui articule les perspectives de la sociologie du droit, de la sociologie des mouvements sociaux, ainsi que de la critique féministe du droit, l’analyse met en exergue les conditions d’émergence des dénonciations publiques et juridiques des femmes affectées par les violences armées, qu’elles se mobilisent d’elles-mêmes ou que la mobilisation se fasse en leur nom. A partir d’une enquête empirique fondée principalement sur des entretiens, l’analyse des discours et l’observation du fonctionnement des instances judiciaires, outre la compréhension du rôle axial du recours au droit et à la justice dans ces processus, l’analyse de la cause permet d’enquêter sur la place de la question des femmes et des victimes dans l’action publique en Colombie, notamment dans les politiques qui visent la « sortie du conflit ». Des concepts tels que « justice transitionnelle », « droits humains des femmes » ou les « politiques constitutionnelles » sont aussi revus conformément à une perspective constitutive du droit. L’histoire contemporaine du conflit armé colombien, des mobilisations sociales pour la paix ou contre la guerre, ainsi que des efforts institutionnels pour gérer les effets des violences se trouvent ainsi interpelées. D’une part, du fait de la perspective doublement genrée que les objets « femme victime » et « mobilisation féministe » introduisent. D’autre part, en raison des dynamiques générées par le surgissement de la question des femmes victimes comme étant à la fois un objet de mobilisation, un sujet de dénonciation, et une « sujette de droits ».
This research focuses on the reconstruction and analysis of the process of the emergence of the issue of women victims of the armed conflict in Colombia, as a result of feminist mobilization. The research shows the structural role of law and legal mobilization in its birth and consolidation. With an approach that articulates the perspectives of sociology of law, sociology of social movements, and the feminist critique of law, the analysis highlights the conditions for the emergence of legal and public denunciations of women affected by armed violence. Grounded on an empirical research based primarily on interviews, discourse analysis and observation of court proceedings, the analysis of the cause allows to investigate the place of the issue of women and victims in public policies, including the efforts for achieve the "end of the conflict", in addition to understanding the pivotal role of recourse to law and justice in these processes. Concepts such as "transitional justice", "the human rights of women" or "constitutional politics" are also reviewed and discussed through a "constitutive" law perspective. In this way, the contemporary history of the Colombian armed conflict, and of the social mobilization for peace and against war, and also the history of institutional efforts to manage the effects of violence, are also revisited. On one hand, the discussion of those topics is determined by the fact that they can be thought as an effect of the double gendered perspective that topics such as "women victims" and "feminist mobilization" introduce. On the other hand, they are also part of a more global discussion due to the dynamics generated by the public emergence of the issue of women victims, who are simultaneously an object of mobilization, a subject of denunciation, and a "subject of rights".