Une ambition féminine au siècle des Lumières. Education et culture au château : les journaux de Mme de Marans (1719-1784) 

Thèse de doctorat en Histoire Moderne - Université du Maine
Par Mathilde CHOLLET
Page personnelle
Sous la direction de Frédérique PITOU
et la co-direction de Sylvie GRANGER
Année de soutenance 2014
T.H. avec félicitations du jury à l’unanimité

Résumé

Français Anglais
Mme de Marans est issue d'une famille de noblesse récente et vit en châtelaine dans le Bas-Vendômois. Elle tient la plume dès son enfance et écrit en son for privé toute sa vie. Trois de ses journaux personnels ont été conservés : recueils de miscellanées, ils s'apparentent aux livres de lieux communs. La forme et le fond de ces écrits privés révèlent la personnalité de leur auteure, très cultivée, les raisons de sa prise de plume et ses pratiques d'écriture. À l'aide de ces sources principales, de la correspondance de Mme de Marans et d'actes de la pratique, il est possible de restituer l'éducation reçue par la diariste et les voies d'accès à la culture pour une provinciale curieuse de tout. Mme de Marans mobilise l'univers de la sociabilité des élites et celui du livre (elle publie même le fruit de ses réflexions : les anonymes Pensées errantes) pour satisfaire son ambition d'en apprendre davantage. Introspection, morale, théologie, histoire, littérature, sciences, intéressent Mme de Marans. Elle porte aussi sa réflexion sur des sujets d'actualité : place de la noblesse dans la société, nature du pouvoir royal et droits des femmes. Le profil de Mme de Marans correspond à celui d'autres écrivantes et curieuses de la France et de l'Europe des Lumières, mais elle subit les mêmes contraintes que ses contemporaines dans son accès à la connaissance. Son cas montre ce qui est possible en matière de réception et d'appropriation des savoirs à la campagne, et contribue à la réévaluation de l'éducation et la culture des femmes au château au XVIIIe siècle.
Mme de Marans (1719-1784) was born in a noble but new family and lives amongst the Bas-Vendômois gentry. She starts writing as a child and keeps private writings her whole life. Three of her diaries, or commonplace books, were preserved. Form and content of these private writings reveal their author's character, her great culture, the reasons why she started writing and her writing practice. Those main sources, Mme de Marans' correspondence and notary sources, help reconstituing her education, and the ways her inquiring mind can access knowledge. Mme de Marans takes advantage of her social network and of the book industry (she even publishes her thoughts in the anonymous Pensées errantes) to fulfill her ambition of always learning more. Mme de Marans is interested in introspection, ethics, theology, history, science, ancient and modern literature. Topical issues such as nobility's place in society, nature of royal power and women's rights concern her as well. Mme de Marans shares similarities with other women writers from France or Europe of the Enlightment, but she experiences the same restrictions as her contemporaries in her access to knowledge. Her case is an example of what can appropriation of ideas in the countryside be, and contributes to the reassessment of women's education and culture amongst the 18th century gentry.