Troubler le genre du "ségatypique". Imaginaire et performativité poétique de la créolité mauricienne

Thèse de doctorat en Anthropologie sociale et ethnologie - EHESS
Par Caroline DEODAT
Sous la direction de Catherine SERVAN-SCHREIBER
Année de soutenance 2016

Résumé

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La thèse présentée est née d’un questionnement relatif à la légitimation de genres poétiques, musicaux ou chorégraphiques dont la reconnaissance institutionnelle favorise une identification nationale ou communautaire. Le « séga typique » mauricien offre un exemple de la production d'une « tradition créole nationale » dans un contexte postcolonial multiculturel. L'objet de cette thèse est d'interroger l'évidence définitionnelle du « séga typique », entendu comme étant l’héritage presque intact des pratiques de chant, de musique et de danse des esclaves noirs transmises par le biais de la tradition orale. Débutant par une analyse critique de type généalogique - de l'émergence des discours coloniaux du XVIIIe siècle relatifs à la « danse des Nègres » et au « chant des Noirs » jusqu'à la première manifestation de « séga typique » lors de « La Nuit du séga » du 24 octobre 1964 - je montre que la stabilisation de ce genre se rapporte à un processus de racialisation intrinsèquement lié à l’élaboration d’un imaginaire colonial de la créolité. L'analyse de la créolité mauricienne par l'ethnographie historique du « séga typique » est ensuite confrontée à l'étude des performances datant de 1925 et 1970 et de la poétique façonnée par les ségatier-e-s Ti Frer, Fanfan et Josiane Cassambo depuis des répertoires du « séga typique » constitués a posteriori. L’hypothèse de la performativité poétique de la créolité, émise dans une approche transdisciplinaire du « séga typique », permet de faire exploser les catégories essentialistes héritées de l'impérialisme et du colonialisme, d'introduire le rapport à l'indianité et ainsi de rompre avec une vision fixiste de la créolité mauricienne.