Transgenres en Nouvelle-Calédonie. Discussions intimes sur des parcours de vie wallisiens et quelques parcours Kanak

Thèse de doctorat en Anthropologie sociale et ethnologie - EHESS
Par Maroua MARMOUCH
Sous la direction de Serge TCHERKEZOFF (EHESS)
et la co-direction de Adriano FAVOLE (Università degli Studi di Torino)
Année de soutenance 2015

Résumé

Français Anglais
L’objectif de ce travail est de décrire et de comprendre le phénomène de l’émergence des personnes transgenres (hommes-femmes), sa transformation et sa manifestation croissante aujourd’hui en contexte urbain, en se basant sur les parcours de vie du groupe majoritaire des transgenres vivant à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie : celles wallisiennes et futuniennes - issues de la culture “polynésienne” -, et leurs consœurs kanak, bien moins nombreuses, issues de la culture dite “mélanésienne”. Depuis les années 1970, dans la zone urbaine de Nouméa, des personnes nées de sexe masculin, principalement issues de familles émigrantes d’origine wallisienne et futunienne, commencent à adopter une apparence et une performance féminine à travers l’utilisation des vêtements et make-up d’influence occidentale. L'émergence de la nouvelle figure transgenre à Nouméa est liée au développement d’un nouveau mode de vie transgenre, à savoir le tai’ata (la prostitution de rue). Socialisation transgenre, sexe, mode de vie urbain et agentivité sont les termes associés au tai’ata et à la transgenre moderne en ville. Aujourd’hui, ces personnes se tournent de plus en plus, d’une part, vers les techniques de transition corporelle modernes (hormones, mammoplastie, vaginoplastie) pour construire et définir la conception de leur corps et, d’autre part, vers les catégories sexuelles occidentales comme la “transsexualité” pour définir leur sexualité. Vivant dans un monde de tensions entre valeurs locales et la globalisation des catégories et idées occidentales, les transgenres d’origine wallisienne-futunienne et les quelques kanak développent des stratégies de résistance et de négociation afin de se faire accepter d’une part dans la sphère familiale et communautaire et, d’autre part, dans l’intimité des relations d’amitié, d’amour, et de sexe.
This work aims at describing and understanding the phenomenon of the emergence of transgender individuals (Male to Female), its transformation and its increasing visibility today in urban context. The bulk of this work rests on the life’s trajectories of the main group of transgender living in Noumea, in New Caledonia: they are Wallisian and Futunian transgender, who have a “Polynesian” cultural background. A smaller part of them, are kanak, who have a “Melanesian” cultural background. Starting in the 1970s, in the urban region of Noumea, individuals who were born males, mostly from immigrant families of Wallisian and Futunian origins, began to adopt a feminine appearance and performance by wearing Western-style clothes and make-up. The emergence of a new transgender in Noumea is linked with the development of a new transgender lifestyle, the tai’ata (street sex work). Transgender sociability, sex, urban life-style and agency are the terms associated to tai’ata and to the modern, urban transgender. Today, this individuals look increasingly at modern technics of body transition (hormonal treatment, mammoplasty, vaginoplasty) in order to shape and define their conception of their own body, on the one hand, and at Western sexual categories such as “transsexuality” in order to define their sexuality, on the other hand. Living in a world of tensions between local values and globalization of Western categories and ideas, transgender of Wallisian and Futunian origins, along with a smaller number of Kanak transgender, develop strategies of resistance and negotiation in order to gain acceptance in their family and community sphere, as well as in their relationships involving friendship, love and sex.