Tolérer et réprimer : prostituées, prostitution et droit de cité dans le Paris révolutionnaire (1789-1799)

Thèse de doctorat en Histoire - Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Par Clyde Marlo PLUMAUZILLE
Page personnelle
Sous la direction de Pierre SERNA
Année de soutenance 2013
T.H. avec félicitations du jury à l’unanimité

Publication

Titre provisoire : Femmes infâmes dans la cité républicaine : la prostitution en révolution (1789-1799)
Editeur : Champ Vallon, collection La Chose publique
Année : 2016

Résumé

Français Anglais
En 1791, la prostitution est dépénalisée. C’est avec la Révolution française que naît la tolérance de cette activité dénoncée comme la part maudite mais nécessaire de l’urbanité. À la croisée des recherches sur les femmes, le genre et les sexualités, cette thèse propose une histoire des « femmes infâmes » en Révolution afin de penser le défi constitué par la prostitution au nouvel ordre républicain, de même que les stratégies mises en œuvre par ses différents protagonistes – le législateur, le policier et la prostituée –. Occupant une place centrale dans les stratégies de survie des femmes des classes populaires, la prostitution n’est pourtant pas reconnue comme légitime par le nouveau gouvernement qui laisse à sa police le soin de restreindre et de contraindre cette dernière au nom de la défense des bonnes mœurs des honnêtes citoyens. Par ces discours et ses pratiques de surveillance quotidienne, d’entraves ponctuelles, de rafles et de contrôle de la circulation dans l’espace public, l’administration policière fait de ces dernières des citoyennes diminuées. Ce droit de cité paradoxal des prostituées vient ainsi révéler les limites et les contradictions du projet révolutionnaire, un sujet toujours d’actualité.
In 1791, prostitution was decriminalized. Hence, the French Revolution gave birth to the modern tolerance of this activity denounced as the accursed side of urbanity but a necessary evil. At the crossroads of women and gender history as well as sexualities study, my dissertation offers a history of "infamous women"and analyzes the challenges that prostitution posed to the new social order promoted by the French revolutionaries. It examines the strategies implemented by three main groups of protagonists concerned with the issue: legislators, police and prostitutes themselves. Occupying a central place in the female workers’ survival strategies, prostitution is however not recognized as legitimate by the new government. The latter leaves the task to restrict and constrain prostitutes to his police in the name of the defense of public morals and decency. In this regard, my dissertation illuminates how by decriminalizing prostitution yet policing women labeled as prostitutes in the public space, the revolutionary governments consigned a group of young single lower-class women to the margins of the civic community, outside of the common law supposedly equal to all citizens and under police supervision. This paradoxical citizenship of prostitutes unravel both the limits and the contradictions of the revolutionary project- always a highly topical issue in our modern Republic.