"La supériorité morale des femmes" au Chili : un discours civilisateur

Thèse de doctorat en Science politique - Université Paris 8 Vincennes—Saint-Denis
Par Antonieta VERA GAJARDO
Sous la direction de Eleni VARIKAS
Année de soutenance 2012

Résumé

Français Anglais
Cette thèse porte sur le discours de « la supériorité morale des femmes », une stratégie moderne d’idéalisation de soi qui affirme qu’il existerait un ensemble de qualités « proprement féminines » qui reviendraient à « humaniser », « renouveler » et « nettoyer » la politique. Cette recherche examine l’émergence de ce discours au début du XXe au Chili : une époque nationaliste où l’argument médical de « la nature différente et complémentaire des sexes » s’articule avec les angoisses identitaires de l’Amérique Latine. Dans ce cadre de résurgence d’un imaginaire colonial des relations familiales, la relation d’opposition et de complémentarité entre les figures de la Malinche et de la Vierge Marie exprime le point de vue paradigmatique du « fils métis » qui raconte le récit genré et racisé de la nation. Au Chili, le contexte hygiéniste a été solidaire de ce modèle d’héroïsme féminin dont la normativité de genre, de classe et de « race » dévoile « la supériorité morale des femmes » en tant que discours civilisateur, porteur des tensions de la modernité. D’un côté, l’usage étatique de ce discours a déployé tant la représentation d’une « bonne féminité nationale» que le stéréotype de « la mère populaire » qu’il fallait civiliser. D’un autre côté, les premières femmes qui ont peuplé le paysage public ont incarné cette normativité en même temps qu’elles ont crée une subjectivité qui ne se résigne pas au destin de l’exclusion. Dans ce cadre, les masques et les figures poétiques de Gabriela Mistral nous permettent d’examiner les contradictions vécues par une « métisse d’exception » à cette époque moderne marquée par le paradoxe de la construction aporétique de « la différence ».
"The moral superiority of women" in chili : a civilizing dicourse // The subject of this thesis is to address "the moral superiority of women", a modern strategy of idealization of oneself holding that there would be a set of qualities "properly feminine" which would come to "humanize", "renew" and "clean "politics. This research examines the emergence of this discourse in the early twentieth century in Chile: a nationalist era in which the medical argument of "different and complementary nature of the sexes" is articulated with the Latin American identity anxieties. In this framework of an imaginary colonial resurgence of family relationships, the relationship of opposition and complementarity between the figures of the Malinche and the Virgin Mary expresses the paradigmatic view of the "mestizo son" which tells the gendered and racialized story of the nation. In Chile, the hygienist context was consistent with this model of female heroism which norms of gender, class and "race" reveals "the moral superiority of women" as a civilizing discourse, bringing tensions to modernity. On one hand, the use of this state discourse deployed both a picture of a "good domestic femininity" and the stereotypical "popular mother," who had to be civilized. On the other hand, the first women who populated the public scenery embodied this regulation while the flashes plotted subversive of a subjectivity that is not resigned to the fate of exclusion. In this framework, the masks and poetic figures of Gabriela Mistral will allow us to examine the contradictions experienced by a "mestiza exception" in this age of aporetic construction of "difference".