Sens interdits : l’encadrement des publications érotiques en France des années 1920 aux années 1970

Thèse de doctorat en Histoire de l’art - Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines
Par Anne URBAIN
Sous la direction de Jean-Yves MOLLIER
Année de soutenance 2015

Résumé

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Depuis le milieu des années 1970, l’encadrement juridique des publications érotiques n’a pas connu, en France, d’évolution majeure. Notre législation actuelle est l’héritière des réformes libérales observées, en textes et en faits, à la fin des années 1960, venues déconstruire un dispositif coercitif qui n’avait cessé de se perfectionner depuis 1939, dans le sillage du combat mené, dans l’entre-deux-guerres, par les défenseurs de la moralité publique. Ce travail s’attache à éclairer l’histoire de ce dispositif juridique qui, de son émergence dans les années 1920 à sa dissolution dans les années 1970, est venu à la fois enregistrer et influencer l’évolution des mœurs et de la société françaises. Quels en ont été les fondements, les relais, les soutiens ? Quels ont été ses effets et ses limites ? Par qui et pourquoi ce dispositif a-t-il été contesté et comment cette contestation s’est-elle inscrite dans le mouvement général des revendications libérales de la fin des années 1960 ? De 1881 à 1958, l’appareil juridique encadrant les publications érotiques est régulièrement revu (en 1882, 1898, 1908, 1939, 1949 et 1958), dans un sens toujours plus répressif. La parenthèse de l’entre-deux-guerres n’en est pas vraiment une : elle est en réalité le creuset dans lequel s’élabore la grande réforme de la législation de l’outrage aux bonnes mœurs qui sera entérinée à la veille de la Seconde Guerre mondiale. En 1967, pour la première fois depuis la loi du 29 juillet 1881, un assouplissement est apporté à l’encadrement moral de la presse et de l’édition. Malgré un sursaut réactionnaire dont pâtiront de nombreux auteurs et éditeurs au tournant des années 1960-1970, les années 1968 auront, dans l’ensemble, raison de ce dispositif répressif. Cette thèse se propose d’abord de dégager les origines et les fondements des innovations juridiques majeures qui interviennent le 29 juillet 1939 dans le domaine de la répression de l’outrage aux bonnes mœurs commis par la voie de la presse et du livre. Elle s’intéresse ensuite aux conditions d’adoption ainsi qu’à l’entrée en vigueur de l’article 14 de la loi du 16 juillet 1949, qui vient seconder, sur un plan administratif, la répression judiciaire mise en place dix ans plus tôt. Enfin, en observant le déploiement de cette nouvelle législation de 1950 à 1970, nous en étudions les effets et retraçons l’histoire de sa contestation.