Poétique et politique de l’ennui dans la danse et le cinéma d’Yvonne Rainer

Thèse de doctorat en Histoire de l’art - Université Rennes 2
Par Johanna RENARD
Sous la direction de Elvan ZABUNYAN
Année de soutenance 2016

Résumé

Français Anglais
Danse, performance, cinéma, écrits théoriques et poétiques : dans la multiplicité de sa création artistique et intellectuelle, Yvonne Rainer s’impose comme une artiste cardinale dans l’histoire de l’art. Instigatrice du changement de paradigme postmoderne en danse, elle arrache le geste ordinaire à la vie quotidienne pour le placer au cœur de la création chorégraphique, en radicale juxtaposition avec des textes, des images et des objets. À partir des années 1970, elle émerge parmi les figures centrales du cinéma expérimental et indépendant en dialogue avec les théories et les luttes politiques féministes, queer et postcoloniales. Cette thèse explore la place de la subjectivité et de l’émotion dans la danse et le cinéma de Rainer. En effet celle-ci a impulsé un renouvellement radical du matériau affectif dans la pratique artistique en l’envisageant comme un fait, une réalité objective. Dans un contexte où l’ennui agit comme un style affectif dominant au sein de l’avant-garde artistique américaine après 1945, l’artiste propose une expérience matérielle sensible, générant une conscience décuplée du temps et plaçant son public dans cette disposition affective à la fois pesante, froide et ordinaire. Puis, en résonance avec le cinéma des femmes, elle investit l’ennui à la fois comme une dynamique de subjectivation et comme une stratégie de subversion. En naviguant entre les dimensions individuelles et collectives de l’émotion, la thèse explore les enjeux esthétiques, politiques et subjectifs de l’ennui dans l’œuvre de Rainer.
The multiplicity of Yvonne Rainer’s art and intellectual works - in dance, performance, film, theoretic and poetic writings - makes her one of the essential artists in the history of art. As instigator of the post-modern paradigm shift in the dance scene, she pulled out movements from everyday life and put them at the core of her choreographic work, creating a radical juxtaposition to texts, pictures and objects. In the seventies, she became one of the main figures of experimental and independent cinema. Her polyphonic and reflexive cinematographic works entered in a dialogue with feminist, queer and postcolonial theories and struggles. The present thesis explores the notion of subjectivity and emotion in the film and dance of Rainer. Indeed, she has given the impulse for a radical renewal of the use of emotional material, which she considered as a given fact and an objective reality, in the artistic practice. In a context where boredom imposed itself as the dominant emotional style in the American artistic avant-garde after 1945, the artist offered a sensitive material experience. In particular, she created an acute conscience of time and put her audience in a specific emotional disposition, boredom, that can be described as tedious, cold and ordinary altogether. Then, in echo with women’s cinema, she explored boredom both as a process of subjectivation and as a strategy of subversion. Navigating between individual and collective dimensions, this research explores the aesthetic, political and personal stakes around the expression of boredom in Yvonne Rainer’s work.