Nymphes exotiques, indigènes victimes ou créatures vulgaires. Images des femmes grande-colombiennes d’après les voyageurs du XIXe siècle.

Thèse de doctorat en Histoire - ENS Lyon
Par Monica MERCHAN SIERRA
Sous la direction de Anne-Marie SOHN
Année de soutenance 2013

Résumé

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Mon travail de recherche se propose de combler des lacunes concernant l’iconogaphie des femmes sud-américaines. Etant donné l’absence d’écoles d’art ainsi que d’ateliers d’impression en Grande Colombie jusqu’à la première moitié du XIXe siècle, les images en général sont rares. Quand on en trouve, il s’agit des portraits de quelques femmes extraordinaires comme des saintes ou des épouses des hauts fonctionnaires, donc des représentantes d’une minorité aisée et créole. Les artistes locaux ont surtout peint les grands hommes et notamment les héros des jeunes Républiques. En revanche, sur la vie quotidienne de la plupart des femmes, qu’elles soient Indiennes, Métisses, Noires ou même Créoles, nous n’avons que très peu de témoignages. La Grande Colombie comme la Nouvelle Grenade, par ailleurs, souffrait d’un manque d’attrait. Cette région n’a jamais représentée dans l’imaginaire des voyageurs européens, les richesses légendaires des vice-royautés du Pérou ou de la Nouvelle Espagne (Mexique). C’est seulement à l’orée du XIXe siècle que cette zone équatoriale commence à faire parler d’elle et ce changement significatif est dû au grand voyage scientifique de Humboldt et Bonpland. Grâce à la médiatisation de ces explorateurs, un nombre important de voyageurs français décide de suivre leurs pas. Parmi eux, un petit nombre écrit et publie des récits illustrés. Leurs gravures et lithographies apportent donc les documents nécessaires pour combler en partie le vide pictural féminin. Ces images n’ont jusque là pas suscitées d’études historiques approfondies d’autant qu’elles ont longtemps été considérées comme des simples ornements accompagnant le texte. Cette thèse propose de démontrer, au contraire, le rôle primordial de cette iconographie, sa puissance symbolique et sa contribution au discours qui caractérise alors la littérature de voyage. Qu’elles soient guidées par des observations concrètes ou par la pure imagination, ces descriptions picturales et littéraires permettent de dégager les principaux stéréotypes élaborés sur les femmes grande-colombiennes et ce malgré leur riche multiplicité
The aim of this thesis is to fill in certain gaps in the iconographic treatment of South American women. Due to the lack of art schools and printing workshops in Gran Colombia through the first half of the nineteenth century, images in general are rare. The existing works are portraits of such extraordinary women as saints or wives of important officials, thus representatives of a wealthy Creole minority. Local artists tended to choose as subjects prominent men, notably the heroes of the young Republics. By contrast, the daily lives of most women, whether Indian, Métis, Black or even Creole, were rarely featured. In addition, like New Granada, Gran Colombia suffered from a relative lack of attractiveness. In the imagination of European travelers this region never represented the legendary wealth of Viceroyalties like Peru or New Spain (Mexico). It was only at the dawn of the nineteenth century that this equatorial zone attracted significant interest due in large part to the great scientific exploration of Humboldt and Bonpland. Thanks to their many publications, a large number of French travelers decided to follow their footsteps. Among them, a small group wrote and published illustrated volumes. Their engravings and lithographs provide the material needed to restore at least partially the lack of female images. To this point such iconography has not generated in-depth historical study, since it has long been considered merely ornamental and secondary to the text. This thesis proposes to demonstrate the contrary by focusing upon the sizeable role of this iconography, its symbolic power and its contribution to the discourse then characteristic of travel literature. Based upon specific observations or drawn purely from imagination, these pictorial and literary descriptions enable the identification of the principal stereotypes developed to characterize Gran Colombian women, despite the fact of their rich cultural multiplicity.