Normes reproductives, infertilité et nouvelles technologies de reproduction au Senegal. Le genre et le don.

Thèse de doctorat en Anthropologie - Université Paris Descartes
Par Marie BROCHARD
Année de soutenance 2014
Très honorable

Résumé

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Au Sénégal, les normes sociales instituent le mariage et la procréation comme des règles fondamentales pour les couples. Les personnes infertiles sont de ce fait stigmatisées et subissent des pressions de la part de leurs familles et de leur entourage. D'une part, elles ont des difficultés à structurer leur identité sociale dans ce pays où la féminité est associée à la maternité et où la masculinité est associée à la paternité. D'autre part, elles sont symboliquement endettées par rapport à leurs familles car l'<< enfant>> constitue le contre-don de la vie qu'elles ont reçue à la naissance. Le genre et le don structurent ainsi la problématique du rejet des personnes infertiles au Sénégal. Malgré les souffrances psychologiques et sociales induites par l'infertilité, les politiques sanitaires se détournent de cette situation et occultent la pratique de l'assistance médicale à la procréation (AMP). Pourtant, l'AMP permet aux couples infertiles, lorsqu'elle aboutit à une grossesse, une sortie de la stigmatisation sociale. Dans le cas contraire, la relation peut s'orienter vers une rupture. Les technologies de reproduction réalisées dans la société sénégalaise restent très inégalitaires et délaissent toute une partie de la population qui souhaiterait bénéficier de ces techniques médicales. Les couples moins aisés se dirigent vers la médecine traditionnelle ou poursuivent leurs consultations dans le secteur public. L'AMP au Sénégal propose une solution à l'infertilité, mais les couples qui y recourent, le font dans le plus grand secret de peur de bouleverser les normes reproductives et de filiation.