Médecine, sexualité et excision : sociologie de la réparation clitoridienne chez des femmes issues des migrations d’Afrique subsaharienne.

Thèse de doctorat en Sociologie - EHESS
Par Michela VILLANI
Sous la direction de Michel BOZON
Année de soutenance 2012
Prix de la Ville de Paris

Résumé

Français Anglais
Les « mutilations génitales féminines » sont une invention contemporaine. Elles deviennent un objet de débat politique à partir de la fin des années 1970. Le discours juridique et les formulations médicales s’imposent sur la scène internationale, suivis par le discours féministe. Ils tracent ensemble les contours d’un crime reconnu au niveau mondial. Originellement défini comme un problème de santé publique, l’excision du clitoris devient à partir de l’année 2000, l’objet d’une politique de réparation de la sexualité. En cela, la France est un cas unique, puisqu’elle reconnaît aux femmes excisées vivant en France le droit de voir leur clitoris réparé chirurgicalement. Cette chirurgie prise en charge et remboursée par l’Assurance maladie dès 2004 permet un accès égalitaire à cette innovation médicale et inscrit le droit à la réparation à l’intérieur des politiques sociales. Sur la base d’un matériel empirique unique, centré sur l'observation ethnographique de deux services hospitaliers de la région parisienne, sur une analyse quantitative de l'ensemble des dossiers médicaux des patientes passées dans l'un des services hospitaliers depuis sa création et sur des entretiens approfondis avec 30 femmes qui se sont adressées à ce service, cette thèse restitue les logiques des deux acteurs impliqués dans la réparation : le corps médical et les patientes. Pour ces femmes issues de la migration d’Afrique subsaharienne, qui constituent un groupe très sélectionné parmi les femmes vivant en France ayant connu une excision, la réparation traduit une véritable recherche d'égalité dans la sexualité avec les femmes européennes non excisées. Du côté médical, les acteurs accèdent aux demandes de réparation des femmes capables de dénoncer une atteinte et de revendiquer un droit (« je veux qu'on me remette ce qu'on m'a pris »). La réparation clitoridienne constitue un exemple inédit de politique de réparation de la sexualité, au sein de laquelle la médecine, la sexualité, l’excision, les rapports entre un pays et les femmes de son ancien empire colonial, sont questionnés.
“Female genital mutilation” is a contemporary invention that has become an object of political debate since the late 1970s. Legal and medical discourse, followed by feminist discourse, have emerged on the international scene and outlined the contours of a worldwide recognized crime. Originally defined as a public health problem, excision of the clitoris has become the subject of reparation politics of sexuality in the 2000s. France has a unique policy that grants excised women the access to surgical repair of their clitoris. The surgery is reimbursed by the public health insurance system since 2003, providing an equal access to repair for all women and including the right to repair within social policies. This thesis is based on a unique empirical material including an ethnographic observation of two surgery units that practice clitoral repair surgery in Paris metropolitan area, a quantitative analysis of medical records of all patients followed by these units since their creation, and in-depth interviews of 30 women who contacted one of the units. It retraces the logics of the two actors involved in repair surgery: the medical profession and patients. For African women from sub-Saharan Africa, repair reflects a genuine quest for equality in sexuality with unexcised European women. On the medical side, professionals answers requests made by women who are able to express excision as an attack/aggression and to claim their right to repair (“I want to get back what was taken from me”). Clitoral repair is an example of unprecedented repair policy of sexuality, in which medicine, sexuality and excision are questioned.