"Mais surtout, lisez !" Les pratiques de lecture des femmes dans la France du premier XIXe siècle

Thèse de doctorat en Littérature française - Université Lumière Lyon 2
Par Isabelle MATAMOROS
Sous la direction de Christine PLANTE
et la co-direction de Rebecca ROGERS
Année de soutenance 2017

Résumé

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Frivolité, émotivité, dangerosité : les justificatifs utilisés au début du XIXe siècle pour déprécier la lecture féminine sont tributaires d’une construction genrée de capacités intellectuelles jugées inégales entre hommes et femmes. Majoritaires sous la monarchie de Juillet, ces discours normatifs pérennisent une image négative de la lectrice. Cependant, certaines femmes font entendre sur leurs propres pratiques de lecture une voix discordante. L'investissant d'un sens nouveau, allant de l'autonomie individuelle au développement d'un esprit critique, elles en font le marchepied pour leur possible politisation. Au cœur de ce processus, la « réforme du système d'éducation des femmes » (Le Journal des Femmes, n°1, 5 mai 1832) qu'elles appellent de leurs vœux, semble relever d'une impérieuse nécessité. Leurs usages sociaux de la lecture dépassent alors l'acte privé, la pratique intime, et s’appuient sur des circulations et des réseaux dont leurs écrits personnels révèlent les logiques de sociabilité. L’objectif de cette thèse consiste donc à réinterroger cette catégorie ambivalente de « lectrice » sous l’angle du genre, autant d’un point de vue historique que littéraire. Pour cela, autobiographies, journaux intimes, correspondances et conseils de lecture via la presse forment un corpus privilégié de textes écrits par des femmes, où elles interrogent leurs rapports aux normes de lecture, mais définissent également un usage personnel et réflexif de la lecture. En délivrant un regard qui s'écarte du discours dominant, ces écrits permettent de préciser nos connaissances sur les pratiques et les représentations féminines de la lecture.