Les voix multiples d’Amelia Rosselli (1930-1996) : figures et variations d’un sujet poétique en lutte

Thèse de doctorat en Etudes de genre - Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
Par Francesca MAFFIOLI
Sous la direction de Nadia SETTI
Année de soutenance 2017

Résumé

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L'œuvre d’Amelia Rosselli entend se dessiner, au sein de la poésie lyrique italienne, comme expérience de subversion du processus de sublimation et de stylisation du corps féminin. A travers la traduction et l’analyse de poèmes choisis contenus dans les recueil Cantilena (1953), La Libellula (1958) et Variazioni belliche (1964), nous avons conduit une tentative d’exégèse critique des textes. L’analyse des poèmes se poursuit à travers une pratique dialogique avec le texte poétique, à partir d'un positionnement critique à l’intérieur du comparatisme féministe.En partant de l'idée pétrarquiste d'élimination et de suppression du corps des femmes nous avons démontré comment la tentative d’apaiser la portée potentiellement dangereuse de l’affection amoureuse a donné lieu au déni de la sensualité. Le langage de la douleur transfigurée se traduit dans une poétique du « dispositif sursensuel », un processus semblable à celui que Gilles Deleuze avait repéré dans la personnalité littéraire de Sacher-Masoch. Le processus de subversion qu’on vient d’évoquer est accompagné du bouleversement des rôles traditionnels au sein du canon poétique européen. Ces déconstructions conduiraient à un rejet du corps organique et au même temps à la révélation d’une subjectivité excentrique. La révision des modèles littéraires du canon passe également par le réécriture d'un ensemble de figures féminines du répertoire mythique et littéraire au sein de l’antiquité gréco-romaine, lesquelles, prélevées de l’imaginaire patriarcal, sont réinterprétées et à nouveau poétisées au sein d'un Sujet poétique qui cherche à faire parler la voix d’une poète femme.
The multiplicitous voices of Amelia Rosselli (1930-1996) : figures and variations of the struggles of a poetic subject // Amelia Rosselli’s work took shape, within Italian lyric poetry, as an experience of subversion of the process of sublimation and of stylisation of the female body. Through the translation and the analysis of the content of poems chosen from the collections Cantilena (1953), La Libellula (1958) and Variazioni belliche (1964), I conducted a critical exegesis of the texts. I performed an analysis according to suggestions of a dialogical practice with the poetical text and with a female subjectivity often hidden, anchored to my critical investment inside feminist comparatism. From petrarchist idea of deletion and “suppression” of women’s body – deletion, of which Pasolini talked already in relation to the genesis of Italian poetry and its characterisation of the lyrical canon – I analysed how the attempt to ease the impact potentially dangerous of love affection has caused the denial of sensuality. The language of camouflaged sorrow is then established as a deliberated choice included in some poetics where it is not the statement that reveals, but the poetical word, which in its cryptic canonical measure, is able to make resonate beyond declarations. We can observe the deployment of a “sursensual device”, similar process to what Gilles Deleuze perceived in Sacher-Masoch's literary personality. The process of subversion does not seem a reconstitution of identity roles, but rather a deconstruction of the traditional model. The starting point for the analysis of those deconstructions is based on the hypothesis that the non-functionality of the desiring organisms (desiring subject and desired object) will lead to a reject of the organic and at the same time to a revelation of an eccentric subjectivity. The revision of the literary model of the canon lies in the hypothesis that a set of female figures of the mythical and literary repertoire in Greco-Roman antiquity are placed in the imaginary practice of Amelia Rosselli's poetical writing, with a view to incorporate the nature of the characters born and conceived inside and by the patriarchal imaginary and to form the body of a subject that aims at making them speak through the voice of a female poet.