Les usages sociaux de la pornographie en ligne et les constructions de la masculinité : une sociologie matérialiste de la réception des médias

Thèse de doctorat en Sociologie - EHESS
Par Florian VOROS
Sous la direction de Michel BOZON
Année de soutenance 2015

Résumé

Français Anglais
De la carte postale érotique au XIXe siècle à la pornographie numérique au XXIe siècle, le visionnage de représentations sexuellement explicites est progressivement devenu une pratique culturelle inscrite dans les routines de la vie quotidienne. À partir d'une enquête en réception menée en région parisienne, cette thèse propose une sociologie des contextes matériels et culturels au sein desquels interviennent les usages hétérosexuels et homosexuels masculins de la pornographie. L'enquête consiste en des entretiens approfondis avec trente-quatre spectateurs et spectatrices, dont les parcours de navigation sexuelle ont ensuite été reconstitués. Naviguer, se saisir et se laisser saisir, discuter et taire, archiver et effacer, poster une photo de soi en ligne et visionner des images avec des partenaires sont des pratiques communicationnelles qui participent de la formation de sociabilités, de l'organisation d'espace-temps domestiques et, surtout, de la production de subjectivités. Le façonnage de sensations et la construction d'imaginaires à l'œuvre dans le visionnage autosexuel sont resitués par rapport à des configurations plus larges de la pratique de la masculinité et des rapports de genre. La comparaison des expressions sexuelles de la virilité en contextes gay et hétérosexuel ouvre alors à l'analyse des reconfigurations contemporaines de la masculinité hégémonique.
From 19th century erotic postcards to 21th century online browsing, sexually explicit viewing practices have become everyday life practices. Based on an audience reception study conducted in Paris, this PhD dissertation investigates the material and cultural contexts through which gay and heterosexual male uses of digital pornography operate. The study consists in in-depth interviews with 34 viewers, combined with the replication of their online sexual meanderings. It examines the cultural practices of browsing and clicking, watching and listening, saving and archiving, sharing and expressing, reimagining and reflecting upon. These practices shape homosocial sociability, domestic space-time and, most importantly, sexual subjectivity. Affective intensities and cultural representations at work in domestic autosexual practices are situated within larger patterns of masculinity and gender relations. Comparison between expressions of sexual manliness in gay and heterosexual contexts is a way of getting hold of current reconfigurations within hegemonic masculinity.