Les réfugiées espagnoles en France (1939-1942) : des femmes entre assujettissements et résistances

Thèse de doctorat en Histoire contemporaine - Université Jean Jaures Toulouse 2
Par Maëlle MAUGENDRE
Sous la direction de Sylvie CHAPERON
et la co-direction de François GODICHEAU
Année de soutenance 2013
T.H. avec félicitations du jury à l’unanimité

Résumé

Français Anglais
Cette thèse se donne comme objectif de rendre visibles les femmes espagnoles réfugiées en France de 1939 à 1942. Il s’agit de proposer une narration au féminin de l’exode sur le sol français de ces femmes restées dans l’ombre de leurs compagnons, pour les faire advenir sur la scène historique. Prises en charge par l’administration française, elles sont tributaires d’images sociales stéréotypées qui influencent les pratiques des autorités à leur égard. Assignées dans des catégories administratives qui évoluent selon les politiques menées à l’encontre des étrangers sur le sol français, les femmes espagnoles réfugiées se voient imposer des cadres de vie à respecter et des comportements à adopter. Sous tutelle administrative, aux prises avec des rapports de pouvoir qui se révèlent genrés, elles séjournent dans des centres d’hébergement, et pour certaines dans des camps d’internement. Le rapatriement en Espagne, l’émigration outre-Atlantique, le regroupement familial ou bien l’emploi conditionnent leur sortie de ces espaces coercitifs. Face aux multiples dispositifs d’assujettissements étatiques, les femmes espagnoles réfugiées se positionnent en résistance, et expérimentent des registres d’actions variés qui leur permettent de prendre conscience de leur « puissance d’agir ». Ce faisant, elles façonnent, en situation d’exil, des identités individuelles et collectives originales et résolument politiques.
The purpose of this PhD thesis is to give visibility to Spanish refugee women in France from 1939 to 1942 and bring them out of the shadow of their male companions. We thus set out to write a history of Spanish exodus on French territory through the eyes of women, so as to make them come into historical view. The objects of French administrative control, they were subjected to stereotyped social images which influenced the authorities’ practices towards them. They were assigned to administrative categories which evolved according to French alien policies, and had to follow rules of conduct and conform to behaviors which were imposed upon them. Most stayed in reception centres and some in internments centres. All were under administrative supervision and grappling with gendered power relations. Returning to Spain, emigrating across the Atlantic, reuniting with other family members or finding employment were the ways out of these coercive spaces. Spanish refugee women resisted the many subjection devices deployed by the French State and came to realize their agency by experimenting with various modes of action. In doing so, and while in exile, they shaped new individual and collective identities which were resolutely political.