Les hommes en bleu. Une ethnographie des masculinités dans une grande entreprise de distribution

Thèse de doctorat en Sociologie - Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
Par Haude RIVOAL
Page personnelle
Sous la direction de Régine Bercot
Année de soutenance 2018

Résumé

Français Anglais
À partir d’une enquête par observation participante conduite au sein d’une grande entreprise de distribution, du siège social aux entrepôts, ce travail a pour objectif d’étudier la construction sociale des masculinités au et par le travail. L’histoire de Transfrilog est imprégnée d’une culture familiale forgée autour du management paternaliste des autodidactes du transport. Aujourd’hui devenu les cadres dirigeants de l’entreprise, la professionnalisation du secteur les oblige désormais à composer avec les jeunes diplômés issus des formations logistiques dont le style de management se détache des formes traditionnelles d’expression de la masculinité et de l’autorité. Dans ces conditions, comment la masculinité perpétue-t-elle son hégémonie ? La thèse s’attache à montrer que la capacité de la masculinité hégémonique à se (re)produire tient à son processus d’hybridation. Les salariés les plus conformes à ce modèle de masculinité montrent un usage plus diffus de la violence (physique ou verbale) et une mise à distance de performances virilistes en lien avec la multiplication des exigences organisationnelles et sociales de mixité. Au sein des classes populaires notamment, le désir d’incarner une masculinité respectable et la nécessité de préserver un capital corporel entamé par des emplois pathogènes opère une fracture entre ouvriers. La thèse montre par ailleurs la coexistence d’une pluralité de masculinités hégémoniques spécifiques à chaque filière (transport, logistique, fonctions supports) et qui sont hiérarchisées entre elles. Pour autant, la mobilisation autour d’un idéal viril propre aux injonctions productivistes et à l’intensification des tâches propose un référentiel commun aux hommes, au-delà des clivages de classe, de race et des différents métiers de la chaîne logistique. Aussi, et malgré la volonté de certains dirigeants d’amorcer une réflexion sur l’égalité professionnelle, l’hybridité de la masculinité hégémonique n’interroge qu’à la marge une répartition genrée des emplois et l’inégale échelle de valeur entre les différentes formes de masculinités.
From a participatory observation survey conducted in a logistics company, from head office to warehouses, this work aims to study the social construction of masculinities at and through work. The history of Transfrilog was built through a family culture forged around the paternalistic management of self-taught employees. Today, having become the company's senior executives, the professionalization of the sector now compels them to deal with young graduates from supply chain training whose management style stands out from the traditional forms of expression of masculinity and authority. In these conditions, how does masculinity perpetuates its hegemony? The thesis aims to show that the capacity of hegemonic masculinity to (re)produce itself is due to a process of hybridization. The thesis also shows the coexistence of a plurality of hegemonic masculinities specific to each sector (transport, logistics, support functions) and which are hierarchized between themselves. However, the mobilization around a virile ideal specific to the productive injunctions and to the intensification of the tasks proposes a common reference to men, beyond divisions of class, race and different trades of the logistic chain. Also, and despite the desire of some leaders to initiate a reflection on professional equality, the hybridity of hegemonic masculinity asks only marginally a gendered distribution of jobs and the unequal scale of value between different forms of masculinities.