Les Étrangères Indésirables et I’administration française. 1938-1942 : socio-histoire d’une catégorisation d’État

Thèse de doctorat en Histoire - EHESS
Par Aurélie AUDEVAL
Page personnelle
Sous la direction de Gérard NOIRIEL
Année de soutenance 2016

Résumé

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À partir d’un travail sur archives, cette thèse revient sur la constitution de la catégorie administrative d’Étrangèr.e Indésirable, en l’analysant sous le prisme du genre. Cette catégorie apparaît de façon massive au sein de l’administration du ministère de l’Intérieur français tout au long des années 1930. Elle devient une catégorie juridique avec l’adoption du décret du 12 novembre 1938 qui permet l’internement de toute personne qualifiée d’Indésirable, mais reste utilisée par les administrations de l’État Français après 1940. En étudiant parallèlement les décisions des administrations centrales et les pratiques locales du service des Étrangers de la préfecture de Marseille entre 1938 et 1942, cette thèse revient ainsi sur la question des continuités de l’État « au quotidien » en matière gestion des Indésirables. L’étude plus particulière du contrôle des Étrangères permet de mettre en lumière une dimension mal connue de l’internement, celui des femmes. Elle permet également d’analyser le traitement différencié des populations par l’État en raison du genre et jusque dans les usages de la qualification d’Indésirable, à une période où le maintien des individus dans des rôles sociaux différenciés, productif et reproductif, devient un enjeu central des politiques publiques. Enfin, ce travail a pour ambition de contribuer au débat sur la question de la mise en place de la Shoah en France, et plus précisément sur les dynamiques propres à l’appareil d’État français. Dans cette perspective, il entend poser la question des liens entre le développement des pratiques d’État envers les Indésirables dès les années 1930 et la décision de livraison des Juifs et Juives étrangères de zone sud en 1942. Ce faisant, c’est la question plus large des logiques d’ensemble qui gouvernent les politiques de gestion de population au sein des États modernes qu’il s’agit de poser. L’auteur avance ainsi l’hypothèse de la constitution parallèle de logiques éliminatrices et de logiques disciplinaires comme modalités d’action publique.
This dissertation traces the constitution of the "undesirable alien" category, analyzing it from a gender perspective. This category appeared massively within the French Home Office administration throughout the 1930s. It became a judicial category with the decree of 12 November 1938 that allowed the internment of any "undesirable" person and remained in use within French state administrations after 1940. By examining in the 1938-1942 period, both the decisions of the central administrations and the practices of Marseille's local immigration administrative office, this dissertation revisits the state's everyday management of "undesirable" people. The specific focus on the control over female immigrants sheds light upon this little-known dimension of internment. Such a focus allows for an analysis of the state's gendered treatment of populations, in a moment when the upholding of differentiated productive and reproductive gendered roles became a central concern for public policies. This dissertation also aims at contributing to the debate over the Holocaust's implementation in France, especially regarding the dynamics that are specific to the French state. It does so b questioning the relation between the development of state practices targeting "undesirable" people in the 1930s and the 1942 decision of deporting Jewish foreigners from the French southern zone. The general logics that underpin modern state population management policies are hence revisited: the author examines the hypothesis of coexisting discipline and elimination logics within public policies.