Le traitement esthétique de l’homosexualité dans les œuvres décadentes face au système médical et légal : accords et désaccords sur une éthique de la sexualité. 

Thèse de doctorat en Littérature française - Université Rennes 2
Par Romain COURAPIED
Page personnelle
Sous la direction de Steve MURPHY
Année de soutenance 2014
T.H. avec félicitations du jury à l’unanimité

Résumé

Français Anglais
À la fin du XIXème siècle, la médecine prend en charge de manière prégnante le phénomène homosexuel, à l'aune des découvertes en psychopathologie. Le personnage est non seulement identifié physiquement sur la base d'un certain nombre de critères dits scientifiques, mais plus encore, on dresse sa cartographie mentale. Bien que cette classification des comportements sexuels se fasse dans une intention moins punitive que curative, les pratiques sexuelles minoritaires sont encore stigmatisées. Au niveau juridique, les lois françaises sont réputées clémentes puisque les pratiques homosexuelles ne constituent plus un délit dans le code pénal de 1810. L'usage détourné de l’outrage public aux moeurs permet cependant de contrôler les comportements tandis qu’on observe une recrudescence des procès pour outrage aux moeurs en fin de siècle. Notre travail, qui s'inscrit explicitement dans le cadre des Gender studies et de la Queer theory, est d’abord épistémologique : il vise à analyser la construction d’un savoir sur l’homosexualité dans la seconde moitié du xixème siècle à travers le corpus médical,dont le rôle est souvent considéré comme majeur dans les études, et à travers les corpus juridiques et littéraires, parfois minimisés. Nos analyses relèvent également de l’histoire des représentations : il s’agit de proposer une définition de l’esthétique décadente à laquelle nous intégrons le signifiant homosexuel. Notre propos est enfin d’entrer dans l’étude détaillée des textes par le biais de trois thématiques majeures démontrant l’usage décadent d’une homotextualité : la symbolique des fleurs, la figure de l’androgyne et le mythe de Narcisse.
By the end of the 19th century, medicine overwhelmingly took hold of the homosexual phenomenon, basing itself on new findings related to psychopathology. Not only were characters physically identified thanks to a series of so-called scientific criteria, but they were also analysed through mental mapping. Although the aim of the classification of sexual behaviours was to cure rather than punish, the practices of sexual minorities were still stigmatized. As far as the judiciary system was concerned, French laws were considered to be quite lenient in so far as homosexual relationships had no longer been regarded as offences since the 1810 penal code. Nevertheless, the distorted use of the affront to public decency enabled to control people's behaviours and, by the end of the century, an increase of the trials focusing on cases of indecent exposure could be noticed. Our work, that definitely ascribes itself within the field of Gender Studies and Queer theory, is first and foremost epistemological and seeks to analyze how a body of expertise about homosexuality emerged in the second half of the 19th century, through the medical corpus that turned out to be prevalent in the studies that were conducted then, as well as through both legal and literary texts, although they were quite overlooked then. Our analyses also pertain to the history of representations, as we offer to define the aesthetics of decadence by adding a signifier: homosexuality. Finally, we also plan on scrutinizing texts by relying on three main themes that are meant to emphasize the decadent use of a homotextuality : the symbol of flowers, the figure of the androgyne and the myth of Narcissus.