Le Roman viril : fictions et dictions du féminin chez Zola : des Contes à Ninon à Justice

Thèse de doctorat en Littérature française - Université de Strasbourg
Par Fleur BASTIN-HELARY
Sous la direction de Éléonore ROY-REVERZY
Année de soutenance 2014

Résumé

Français Anglais
Le roman zolien est éminemment bavard. Il n’est pas toujours aisé de déterminer d’où ça parle, qui, du narrateur ou de ses doubles – hommes d’Église, d’État, d’affaires, de lettres ou de science – prend et parfois confisque la parole. Mais il est évident que cette voix qui s’infiltre dans le récit officiellement objectif du roman naturaliste est infailliblement une voix masculine. Informé, autorisé, voire autoritaire, le discours masculin prend en charge la diction du féminin tout en le renvoyant au silence, à l’approbation, éventuellement à la répétition docile des "vérités" édictées à son sujet, pour son bien. Il ne s’agit pas seulement de dépister les tendances stigmatisantes d’un type de discours propre à un type de personnage, mais aussi de saisir les effets sur les lectrices, destinataires muettes et fantasmées, de la pédagogie tyrannique d’un écrivain tout à la fois habité des stéréotypes de son temps et travaillé d’un réformisme inédit.
The Zolian novel is eminently talkative. It is not easy to point out where the voice comes from ; who gives and takes the right to speak, be it the narrator or his doubles – men of the Church or of the State, men of business, letters or science. What is obvious however, is that this voice which permeates the officially objective narrative of the realistic novel is infallibly a masculine one. Informed, authorized, even authoritarian, the masculine discourse takes on the feminine one by either silencing it, or allowing it to approve of, sometimes to reiterate obediently, the elementary “truths” about itself. This is not only about chasing the stigmatizing tendencies of a discourse typical of certain characters, but also about grasping the effects of this discourse on the female readers ; the dumb, fancied listeners to the tyrannical pedagogy of a writer who was both influenced by the stereotypes of his time and stirred by an original reformist spirit.