Le genre de la nation en Iran et au Tadjikistan. (Re)constructions et contestations des hétéronationalismes 

Thèse de doctorat en Sociologie - Université Paris Diderot-Paris 7
Par Lucia DIRENBERGER
Sous la direction de Laetitia ATLANI-DUAULT
Année de soutenance 2014
Très honorable avec félicitations du jury

Résumé

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Cette thèse a pour objet d’étude les (re)constructions des hétéronationalismes en Iran et au Tadjikistan depuis l’émergence des idéologies nationales (fin XIXème siècle en Iran et début XXème siècle au Turkestan) jusqu’à l’époque contemporaine (2012). A partir d’archives, elle analyse la fabrique de la nation comme outil de production des hiérarchies de genre, de races et de sexualités. Elle révèle aussi les constructions des masculinités, des féminités et des sexualités, imbriquées avec celles de la race, comme mode de légitimation de la nation. Si les idéologies nationales en Iran et au Tadjikistan connaissent de profonds changements au cours des périodes étudiées, des lignes d’appartenance au sein de la communauté nationale et entre les nations sont toujours tracées pour naturaliser et hiérarchiser les sexes et les races. De plus, les projets nationaux reposent sur l’hétéronormativité, que ce soit au nom de la modernisation de la nation ou de l’authenticité nationale. Les constructions des identités nationales, loin d’être immuables et monolithiques, font l’objet de tensions ou de conflits politiques importants et les masculinités et les féminités apparaissent comme un outil majeur de clivages politiques dans la (re)définition de la nation en Iran et au Tadjikistan. Cette thèse développe également une approche sociologique de la nation à partir d’entretiens et d’observations participantes. Elle analyse ainsi les stratégies d’appropriations, de négociations et de contestations des idéologies nationales par les mouvements féministes en Iran depuis 1979, et par le mouvement associatif de femmes au Tadjikistan depuis 1991. Ces mouvements mettent en oeuvre différentes stratégies pour légitimer un ancrage local de la cause des femmes tout en défiant, dans des modalités bien spécifiques aux contextes politiques et nationaux, les régimes nationaux des sexes.