Le féminin dans le cinéma de Georges Cukor de 1950 à 1981

Thèse de doctorat en Esthétique et sciences de l’art, mentions : art et psychanalyse, études cinématographiques, études de - Université Sorbonne Nouvelle Paris 3
Par Yola LE CAINEC
Sous la direction de François THOMAS
Année de soutenance 2012

Résumé

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À l’aube des années cinquante, l’œuvre de George Cukor interroge sa double réputation de cinéaste sophistiqué et de "cinéaste des femmes" acquise durant les années trente et consacrée en 1939 par Femmes. Le traitement privilégié du féminin dans ses films est renforcé dans le contexte d’après-guerre. En 1950, Cukor réalise la comédie sociale romantique Comment l’esprit vient aux femmes et le drame social Ma vie à moi : tous deux racontent un destin de femme et représentent une aspiration de relier positivement le féminin au drame. Les femmes y prennent en charge l’action et y construisent les motifs de leur libération, tels que la solidarité. Le passage des années cinquante aux années soixante se joue dans la confirmation que le féminin, que j’étudie comme un genre troublé (Judith Butler), et le cinéma de Cukor sont reliés et interagissent dans le sens de la modernité jusqu’à la distance libératrice des années soixantedix et au dernier film du cinéaste, Riches et Célèbres (1981). Certaines formes cinématographiques nouvelles, imaginaires et quasi expérimentales (Gaston Bachelard), s’avèrent particulièrement représentatives du travail de Cukor par leur récurrence dans les effets scéniques et le jeu des actrices. Face à la comédie qui émanciperait les femmes de leur destin par le dérèglement social et comportemental, le drame féminin cukorien favoriserait le surgissement d’héroïnes capables de prendre en charge leur libération à l’écran. Il y aurait alors un faux paradoxe entre la banalisation des caractères que Cukor met en scène et son travail de direction toujours très élaboré à l’endroit de ses actrices, placées dans la double épreuve de leur talent et d’une certaine représentation de la condition féminine.
In the early fifties, Cukor's work challenges his own reputation as a director of sophisticated women films — a reputation he had acquired during the thirties, culminating with Women in 1939. His films increasingly center on presenting the feminine during post-war years. In 1950, Cukor directs a romantic social comedy, Born Yesterday and a social drama A Life of Her Own : both narrate a female destiny and link up drama and the feminine in a positive manner. In these films, women are taking responsibility for the action and articulate the motivations for their liberation, for example through solidarity. The turn from the fifties to the sixties confirms that the feminine, seen here as a confused gender (Judith Butler) and Cukor's cinema interact in a modern way creating a liberating distance his seventies film and up to the filmmaker's last film, Rich and Famous (1981). Some imaginary and nearly experimental new cinematic forms (Gaston Bachelard), notably in terms of mise-en-scène and acting, turn out to be particularly representative of Cukor's work. As opposed to comedies that purport to emancipate women from their destiny by upsetting social and behavioral attitudes, Cukor’s female centered drama films show emancipation through the emergence of female characters who take their life into their hands. Hence a false paradox: Cukor may develop commonplace characters, yet the complexity of his actresses’ direction puts their talent to the test and questions a certain representation of women's position in society.