La représentation du plaisir féminin à l’époque romantique

Thèse de doctorat en Lettres Modernes - Université de Rouen
Par Carole BOURLÉ
Sous la direction de Sylvain Ledda
Année de soutenance 2018

Résumé

Français Anglais
Davantage que leurs aînés classiques ou néoclassiques, les auteurs romantiques sont hantés par la question du corps qui pose en creux celle du plaisir sexuel de la femme. Loin d’être un mouvement angélique et désincarné, le romantisme est en effet tiraillé par la matérialité des sens autant que par l’idéalité, se posant ainsi en héritier de Sade au même titre que de Rousseau. Les écrivains romantiques ne sont d’ailleurs pas les seuls à montrer un intérêt croissant pour la jouissance féminine : entre la fin de la Restauration jusqu’à la Révolution de 1848, les médecins tentent eux aussi d’éclaircir ce mystère. Mais, pour ce faire, ils reprennent à leur compte les théories misogynes des pires exégètes de la Bible et ils justifient ainsi, d’une manière prétendument scientifique, les lois inégalitaires du Code civil qui maintiennent la femme en position d’esclave juridique et de mineure sexuelle. Les auteurs romantiques ont-ils été influencés par ce contexte antiféministe ou sont-ils parvenus à proposer d’autres modèles ? Cette thèse explore l’ambivalence d’un mouvement qui réhabilite la chair au nom d’un plaisir supérieur au devoir mais qui véhicule en même temps tout un système de représentation machiste qui ne cesse de faire l’apologie du corps féminin outragé. À la même époque, des voix bien plus marginales se font entendre, notamment chez certaines saint-simoniennes qui n’hésitent pas à faire – bien avant la révolution sexuelle – l’apologie de « l’amour libre ». La question du plaisir féminin devient pour d’autres l’occasion de dénoncer les injustices qu’elles subissent jusque dans leur lit conjugal. Le thème, socialement inconvenant, déchaîne malgré tout les passions, surtout chez les femmes auteurs qui craignent que cette question embarrassante ne nuise à des revendications qu’elles souhaiteraient plus «sociales».
More than their classical and neo-classical predecessors, Romantic authors are obsessed with the question of the body which implicitly matches the subject of women’s sexual pleasure. Far from being an angelic and disembodied movement, Romanticism is indeed torn between the materiality of the senses and the question of ideality, arising from Sade’s as well as also Rousseau’s works. Besides, Romantic writers are not the only ones to show a growing interest in female enjoyment: between the end of the Bourbon Restoration and the 1848 Revolution, doctors tried to solve that mystery. But, to do so, they endorsed misogynistic theories of the most extreme exegetes from the Bible and justified at the same time, from a so-called scientific point of view, the unequal laws of the French Civil Code which legally kept women in the position of subordinate sexual slaves. Were Romantic authors influenced by this anti-feminist background or did they manage to offer other ways of thinking? This dissertation explores the ambivalence of a movement which redeems the flesh in the name of a pleasure superior to duty but also conveys a chauvinistic set of representation condoning the violated female’s body . At that time, the echo of marginal voices arose, in particular among some Saint-Simonian women who did not hesitate to praise “free love”, way before the sexual revolution. The topic, a socially inappropriate one, aroused fierce passions among activists and even within the Romantic Movement.