La perception et la mesure des discriminations racistes et sexistes

Thèse de doctorat en Sociologie-démographie - Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
Par Maud LESNE
Sous la direction de Margaret MARUANI
et la co-direction de Patrick SIMON
Année de soutenance 2015

Résumé

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Les discriminations se sont finalement imposées comme l’un des mécanismes de production des inégalités qui jalonnent la société française et participent à la constitution de groupes de populations minorisés. Cette thèse aborde la question de la perception, de l’identification et de la dénonciation des discriminations racistes et sexistes sous un angle méthodologique à partir des données de l’enquête Trajectoires et Origines (TeO). Il n’existe pas de correspondance automatique entre les discriminations telles qu’elles se produisent et leurs déclarations. Cette thèse invalide les soupçons de sur-déclaration des discriminations racistes qu’implique leur enregistrement massif et confirme l’existence d’une sous-déclaration des discriminations sexistes qui les fait apparaître comme un phénomène marginal. L’enquête TeO parvient à contourner les obstacles qui limitent les déclarations de discriminations racistes que sont le doute, le rejet d’un positionnement victimaire, la valorisation du mérite, la résignation mais ne parvient pas à pallier les mécanismes qui inhibent les déclarations de discriminations sexistes. Le déficit de sensibilisation des femmes, le discrédit du féminisme, leur intériorisation associée à leur caractère principalement systémique rendent les discriminations sexistes insaisissables. De plus, l’analyse intersectionnelle met au jour comment le croisement d’une situation de dominant liée au sexe à une situation de dominé liée à la prétendue race place les hommes racisés au cœur d’une intersection génératrice de tensions qui rendent les discriminations à leur encontre plus manifestes que celles subies par les femmes racisées.