La pensée conquise. Contribution à une histoire intellectuelle transnationale des femmes et du genre au XXe siècle

Thèse de doctorat en Science politique - Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
Par Eve GIANONCELLI
Sous la direction de Eleni VARIKAS
Année de soutenance 2016

Résumé

Français Anglais
Cette thèse porte sur les processus de constitution – problématiques – de femmes comme intellectuelles au XXe siècle. Pour ce faire, trois cas, nés vers 1900, sont étudiés : l’artiste et écrivaine proche des avant-gardes en général et des surréalistes en particulier dans le Paris des années 1920-1930 Claude Cahun, la journaliste martiniquaise du Paris colonial de ces mêmes années et figure militante et intellectuelle importante de la Martinique d’après-guerre Paulette Nardal ; et enfin Viola Klein, juive tchèque exilée en Angleterre et pionnière oubliée de la sociologie féministe. Réalisée à partir d’archives, de correspondances, d’un matériel textuel pluriel, souvent inédit-e-s, et d’entretiens, cette étude repose sur une analyse conjointe de la trajectoire et de la production culturelle de chacune de ces femmes. Il s’agit de comprendre comment leur expérience intellectuelle s’enracine dans des processus de prise de conscience de soi en tant que sujet renvoyé à l’altérité, femme, mais aussi sujet racialisé, qui façonnent les formes d’entrée dans la pensée. Ce travail rend également compte du positionnement complexe, dedans/dehors, de ces femmes par rapport aux mouvements (le surréalisme pour Cahun, la culture noire en général et la négritude en particulier pour Nardal), et disciplines (la sociologie de la connaissance et du travail pour Klein) « dans » lesquels elles s’inscrivent et ce qu’elles y apportent ainsi que la pluralité des formes de pensée et d’engagement qu’une telle position liminale révèle. Il s’agit enfin d’interroger le processus de diffusion et de réception des œuvres et des idées, les logiques d’invisibilisation et d’oubli, mais aussi de redécouverte, qui participent également au devenir intellectuelle. Ce dernier point ouvre sur une réflexion relative aux logiques (nationales, disciplinaires, idéologiques) de construction du savoir. Cette thèse, interrogeant à partir de cas différents le devenir sujet des femmes et ce que peut lui faire la postérité, se propose ainsi de contribuer à une histoire intellectuelle transnationale des femmes et du genre.