La liberté comme pratique de la différence : philosophie politique moderne et sexuation du monde : Rousseau, Olympe de Gouges et les saint-simoniennes

Thèse de doctorat en Science politique - EHESS
Par Stefania FERRANDO
Sous la direction de Bruno KARSENTI
et la co-direction de Giuseppe DUSO
Année de soutenance 2015

Résumé

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Pour la saint-simonienne Suzanne Voilquin, la vie sociale laissait place à un « inconnu », dès lors que la liberté et l'égalité des femmes avaient commencé à la transformer. La thèse vise à analyser les manières dont cet inconnu a été pensé et pratiqué, au moment où il fait irruption dans les discours politiques et les réflexions philosophiques révolutionnaires ou postrévolutionnaires. Par l'analyse du « dispositif Rousseau » on repère d'abord le point ultime des argumentaires excluant les femmes du savoir et de la politique : assurer la certitude de la transmission entre le père et ses enfants au sein d'un monde dans lequel doivent se former des individus libres. La thèse se concentre ensuite sur les écrits d'Olympe de Gouges trouvant dans sa position « placée et déplacée » par rapport au savoir et à la politique de son siècle un levier pour élaborer une pensée nouvelle de la société révolutionnaire. On suit enfin les aventures des femmes saint-simoniennes qui avaient fondé le périodique La femme libre, en retraçant ainsi les pratiques politiques collectives par lesquelles se réalisait leur travail symbolique autour de l'« inconnu », des aspirations personnelles et collectives, accompagnant leur recherche de liberté. Si, au sein de ces pratiques, la liberté connaît une intensification de son sens et l'égalité un approfondissement de ses formes, c'est qu'elles aménagent, au sein de la vie sociale, des expériences nouvelles, par lesquelles des femmes peuvent ne plus être des « somnambules de la société », mais agir en elle pour sa transformation comme des sujets à part entière.
The Saint-Simonian Suzanne Voilquin writes that an "unknown" appeared in social life with women's equality and freedom. This research aims to analyze how this "unknown" of social life was thought and practiced as it became part of political discourses as well as revolutionary and post-revolutionary philosophical reflections. First, by analyzing th "Rousseau dispositif" - a set of texts dealing with the problem of the " women's position" and discussing Rousseau's thesis - we examine the discourses that exclude women from knowledge and politics as well as the need to secure the transmission between the father and his children in a world of free individuals. Afterwards, we focus on the writings of Olympe de Gouges and her development of a new political approach to revolutionary society, based on her position as a "placee et deplacee" in both knowledge and politics. Finally, we follow the Saint-Simonian women who created the periodical La femme libre. We examine their collective political practices and the "symbolic work" on the "unknown" that came with their research for freedom. These practices allow, within social life, new experiences, through which women can cease to be "social life sleepwalkers" and act in it to change it, as full-fledged subjects.