La fabrique d’une invention. Parcours d’inventrices/inventeurs autonomes en France et au Québec 

Thèse de doctorat en Sociologie - Université Jean Jaures Toulouse 2
Par Laurence CLOUTIER
Sous la direction de Nicky LE FEUVRE
et la co-direction de Michele GROSSETTI
Année de soutenance 2014
T.H. avec félicitations du jury à l’unanimité

Résumé

Français Anglais
À partir d’une enquête de terrain mêlant entretiens, observations, questionnaires et analyses de bases de données de brevets, cette thèse rend compte du parcours d’inventrices/inventeurs autonomes en France et au Québec. Ces projets d’invention s’inscrivent dans un moment de passage, de chevauchement, d’encastrement, de flou entre les étapes de la vie ou les domaines d’activités des individus. La première partie de la thèse s’attache à mettre en perspective la notion d’inventeur et le terrain de l’invention. Le processus d’invention fait ensuite l’objet d’une analyse en trois phases : engagement, formalisation et cheminement. Des aller-retour se produisent entre les différentes phases du processus, puisqu’une invention ne cesse de se jouer et de se rejouer au fil du temps. Ce travail est l'occasion d'insister sur les interactions entre les différentes sphères de l'existence et de montrer l'apport d'une analyse qui appréhende la sphère professionnelle en articulation avec la famille, les amis·es et les loisirs. Une troisième partie de la thèse mobilise l’analyse de réseaux à l’aide d’une méthodologie innovante, afin d’appréhender la dynamique d’accès aux ressources tout au long du processus d’invention. Cette thèse a pour ambition de comprendre la fabrique d’une invention dans un monde en recomposition, au carrefour de grandes transformations des sociétés modernes occidentales telles l’expansion des singularités, la démocratisation de l’innovation et la montée des incertitudes.
This PhD is based on a wide range of fieldwork, including in-depth interviews, observations, questionnaires and patent database analysis. It focuses on the experiences of autonomous inventors in France and in Quebec. Their inventive projects are characterized by notions of passage, overlap, embeddedness, and by a blur between life stages or areas of activity. The first part of the thesis defines the notion of « invention » and circumscribes the field of study. The invention process is then analyzed according to three phases that mark individual experiences: engagement, formalization and duration. The process forms a circle of inventive activities, with frequent loops back and forth between phases, as the inventive process continues to play and to replay itself out over time. This study offers an opportunity to emphasize the interactions between different spheres of life and to stress the importance of taking into account the interweaving of the professional sphere with the family, friendship and leisure. The third part mobilizes an innovative network analysis methodology, in order to capture the access to material and immaterial resources throughout the whole inventive process. This thesis aims to better understand the inventive process at the crossroads of major shifts in contemporary Western societies, such as the rise of singularities, the democratization of innovation and increased uncertainty.