La culture scientifique des enfants en milieux populaires : étude de cas sur la construction sociale du goût, des pratiques et des représentations des sciences

Thèse de doctorat en Sociologie - ENS Lyon
Par Clémence PERRONNET
Sous la direction de Christine Détrez
Année de soutenance 2018

Résumé

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Ce travail de thèse étudie la façon dont se construisent les pratiques et les représentations des sciences des enfants en milieux populaires. L’enjeu est de renouveler l’approche des inégalités persistantes dans l’accès aux filières et carrières scientifiques, dans lesquelles les femmes, les classes populaires et les minorités sont largement sous-représentées. Pour interroger à nouveaux frais les rapports de pouvoir qui sous-tendent l’accès aux sciences, cette recherche les considère non seulement comme un ensemble de connaissances et comme un champ professionnel, mais aussi en tant que culture. L’analyse repose sur une enquête empirique longitudinale par entretiens avec une cinquantaine d’enfants suivis du CM1 à la 5e ainsi qu’avec des parents, enseignant·es et médiateur·rices scientifiques. Elle s’appuie aussi sur l’étude détaillée d’un projet éducatif visant à favoriser l’égalité en sciences (quatre années d’observation en classe) qui a impliqué une partie de notre échantillon, et interroge les effets de ce type de dispositif. La thèse établit que la construction de rapports différenciés aux sciences selon le sexe et l’origine sociale procède des pratiques culturelles scientifiques enfantines. D’une part, plusieurs instances de socialisation culturelle(famille, germains, pairs, école) se combinent pour favoriser ou entraver le développement des loisirs scientifiques des enfants. D’autre part, la culture scientifique que consomment et pratiquent les enfants des classes populaires les amène à construire des représentations des sciences comme étrangères et dénuées de possibilités identificatoires, ce qui décourage filles comme garçons de formuler des aspirations scientifiques.
Working class children’s scientific culture : a case study on the social construction of taste, practices and representations of science. This thesis examines the way working class children’s practices and representations of science areconstructed. It aims to renew the approach of persistent inequalities in access to science pathwaysand careers, in which women and people from the working class and/or ethno-racial minoritiesremain largely underrepresented. In order to question power relationships underlying access toscience in a new way, this research considers science not only as a body of knowledge and aprofessional eld, but also as a culture. Evidence for this study comes from longitudinal interviewsconducted with about 50 children (two interviews, in the 4th and 6th grade) and with parents,teachers, and science mediators. The analysis also relies on the detailed ethnographic study (4years of observation in classrooms) of an educational project aimed at promoting equality inscience which involved part of our sample, thus questioning the effects of this type of program.The thesis establishes that the social construct of gendered, classed and racialised patterns ofattitudes to science is the result of science-related cultural practices developed during childhood.On the one hand, several instances of cultural socialization (family, siblings, peers, school)combine to favor or hinder the development of children’s science hobbies. On the other hand, thescientific culture that children from the working class consume and practice leads them to constructrepresentations of science as other, and devoid of identificatory possibilities. This discourages girlsand boys from formulating science aspirations.