L’Etat et les illégalismes sexuels. Ethnographie et sociohistoire du contrôle policier de la prostitution à Paris

Thèse de doctorat en Sociologie - EHESS
Par Gwénaëlle MAINSANT
Page personnelle
Sous la direction de Lilian MATHIEU
Année de soutenance 2012
T.H. avec félicitations du jury à l’unanimité

Résumé

Français Anglais
Etudiant le contrôle policier de la prostitution, cette recherche propose une approche originale des politiques de la prostitution. En effet, ces politiques ont principalement été investiguées depuis leurs enjeux politiques à un niveau « macro », ou, sur le terrain, pour montrer les décalages entre les mots d’ordre des politiques et leurs effets pratiques sur les prostitué-e-s. En s’intéressant aux pratiques policières du contrôle, la thèse montre comment les politiques sont mises en œuvre par des agents certes subalternes mais qui disposent d’un pouvoir important de redéfinition des politiques publiques. Dans la mesure où le contrôle de la prostitution confronte une profession fortement masculinisée (les policier-e-s) à des justiciables (proxénètes et prostitué-e-s) enserrés dans des normes de genre spécifiques, notre thèse a interrogé non seulement la division sexuée du travail entre policier-e-s mais aussi la dimension genrée des rapports aux justiciables. La thèse propose une analyse sociohistorique et interactionniste du contrôle de la prostitution à Paris de 1946 à 2008 en combinant ethnographies, entretiens, archives et sources de presse. Elle a permis de montrer la manière dont la transformation d’un problème social (la prostitution) influe concrètement sur le travail des agents de l’Etat (les policiers) mais également dont le travail de ces agents contribue à définir les contours « réels » du problème socialintroduction. question de la sexualité. Il faut donc le dire très vite dans l'ion) réside dans le fait que l'. Inscrite à la croisée de la sociologie, de la science politique et de l’histoire, cette thèse entend contribuer à une analyse renouvelée des liens entre Etat, genre et sexualité, et ce, dans une perspective d’Etat « par le bas ».
Combining ethnographic, press, and archival materials, this thesis offers a socio-historical and sociological analysis of the police control of prostitution in Paris between 1946 and 2008. From the perspective of the police, the thesis first highlights the absence of a specific prostitution policy and, a fortiori, the absence of a unified and coherent sexual policy. The sociohistory of the brigade des moeurs (the vice squad) indeed shows that the issue of “vice” in the police control gradually waned during the second half of the 20th century. The law on domestic security, in effect since 2003, constitutes a case in point for studying, through the analysis of different professional groups, a legal framework that is contradictory (prostitutes are considered both victims and perpetrators) and indeterminate (prostitution is never defined). The thesis thus shows how police routines and professional hierarchies produce the law from the bottom up. Moreover, this research contributes to a political and moral anthropology. It analyses the tension between compassion and repression that is inherent to contemporary prostitution policies. This tension is not studied at the “macro” level of the cognitive frames of the policies, but is observed through the practices of “street-level bureaucrats”, with a focus on how they morally evaluate and categorize individuals. This analytical choice enables a nuanced description of how the moral and professional dimensions intersect in the daily interactions that constitute the police control of prostitution. By paying close attention to categorization processes, the research also elucidates how the police definition of prostitution contributes to producing gender for both the controlled populations and those who control. It also sheds light on the emotional dimensions operating in the “street-level bureaucrats” differential management of sexual illegalities. Finally, this thesis takes on the question of the cognitive frames of public action. By analysing the ways in which the police’s professional rhetoric absorbs the public discourse as well as the production and circulation of the police’s know-how, it becomes clear how the State develops its categories of thought “from the bottom up” in the case of the prostitution control.