L’accord im/possible. Ecriture, prise de parole, engagement et identités multiples chez Marie-Louise Taos Amrouche

Thèse de doctorat en Etudes de genre - Université Paris 8 Vincennes—Saint-Denis
Par Akila KIZZI
Sous la direction de Nadia SETTI
Année de soutenance 2016

Résumé

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Cette thèse se propose de rendre compte de l’œuvre de Marie-Louise Taos Amrouche (1913- 1976) comme prise de parole, engagement et écriture des identités multiples. Pour faire ressortir de nouveaux aspects en lien avec la problématique de la parole des femmes par l’écriture, une analyse socioculturelle contextualisée et historicisée est privilégiée. L’enjeu est de montrer comment la carrière d’Amrouche, de sa venue à l’écriture à sa projection dans le paysage littéraire français, est traversée par des obstacles liés aux origines et au genre. Une approche intersectionnelle permet notamment de (re)penser les différentes dominations – la discrimination de genre et de « race » et la problématique des identités plurielles – sans les hiérarchiser et en mettant à jour les mécanismes d’oppression et les stratégies de résistance du sujet écrivant. Pionnière sur l’écriture de sujets sensibles à son époque, Amrouche n’est pas seulement écrivaine mais également cantatrice des chants berbères. Cette thèse démontre, par ailleurs, comment l’écriture et le chant se font simultanément et traduisent le même besoin celui d’accord entre : la prise de parole d’une femme « indigène » sous la colonisation, la recherche des origines berbères et la part de l’héritage chrétien et français. Est particulièrement mise en lumière la façon dans laquelle Amrouche devient un sujet hybride résultant de plusieurs identités créées par l’Histoire coloniale et postcoloniale : elle refuse de choisir entre les identités multiples, ne voulant en brader aucune au profit d’une autre. La recherche d’un accord im/possible ressort ainsi comme la métaphore privilégiée pour qualifier ses luttes et son écriture.
This dissertation aims to take stock of the work of Marie-Louise Taos Amrouche (1913- 1976), in its capacity to speak out, engage politically, and write multiple identities. A contextualized and historicized socio-cultural analysis is favored in order to bring out new aspects in conjunction with other research on women’s voices in writing. I hope to show how the development of Amrouche’s career, how she began writing and her arrival into the French literary scene, is crossed by obstacles tied to constraints related to her origin and her gender. An intersectional approach allows us in particular to (re)think different types of domination such as race and gender discrimination, according to themes of plural identities, without internal hierarchies, and to take an up-to-date approach to mechanisms of oppression and the writing subject’s capacity for strategies of resistance. Pioneer of writing on sensitive subjects of her time, Amrouche is not only a writer but also a singer of traditional Berber music. I intend to show the interrelatedness of song and writing and their mutual translating of the same call to find an agreement between the “indigenous” woman’s need to speak out from under colonization, the search for Berber origins and the role played by Christian and French heritage. I thus shed light on the way in which Amrouche becomes a hybrid subject resulting from the many identities created out of colonial and postcolonial History: she refuses to choose between multiple identities, not wanting to sell off one in exchange for another. The search for an im/possible agreement thus emerges as the preferred metaphor characterizing her struggles and her writing.