I remember when a diagnosis was a death sentence » : l’écriture du SIDA et de la mort dans la littérature gay. David Feinberg, Tony Kushner et Armistead Maupin.

Thèse de doctorat en Langues et littératures anglaises et anglo-saxonnes - Aix-Marseille Université
Par Christelle KLEIN-SCHOLZ
Page personnelle
Sous la direction de Sylvie MATHE
Année de soutenance 2014
Très honorable avec félicitations du jury

Résumé

Français Anglais
Cette thèse présente une réflexion sur lʼécriture du SIDA et de la mort dans la littérature gay américaine à travers les œuvres de David Feinberg, Tony Kushner et Armistead Maupin. À la croisée dʼun thème (le SIDA) et dʼun type de littérature (la littérature gay, qui préexistait à lʼépidémie), cette étude prend en considération les multiples dimensions de lʼépidémie de VIH/SIDA : dans lʼobjectif dʼacquérir « une connaissance anthropologique par la littérature et le roman » (Laplantine), en passant outre les « traditional disciplinary boundaries » (Campbell & Kean), elle montre que, si le SIDA fut probablement un rendez-vous manqué avec lʼhistoire, ce ne fut pas le cas avec la littérature. Quand les médias, les pouvoirs publics, les autorités sanitaires et la population générale nʼont pas pris la mesure de la catastrophe, les auteurs gays, eux, ont pris le SIDA à bras le corps, en même temps que le VIH prenait possession du leur, et ont produit des œuvres qui méritent un travail dʼexégèse, notamment parce que, plus de trois décennies après les premiers cas, lʼépidémie de VIH/SIDA nʼest toujours pas sous contrôle. À partir des œuvres de ces trois auteurs, qui constituent un échantillon tant au niveau générique (autobiographie/autofiction, roman, théâtre) quʼen termes de réception, elle montre que la littérature gay du SIDA ne constitue tout au plus quʼune césure, et non une rupture, avec les littératures qui lʼont précédée. Le corps écorché par le SIDA prend, à cause de cette épidémie anachronique (apparue à une époque où les hommes semblaient pouvoir avoir la conviction que les épidémies appartenaient au passé), une place centrale dans les vies et dans les œuvres. Le corps mourant devient un topos, à la fois un lieu dʼexploration et le principe qui informe le texte. Ces trois auteurs adoptent une position quelque peu surprenante : ils font grand usage de lʼhumour – un humour dont cette étude montre quʼil est bien davantage quʼun mécanisme de défense : il fait partie dʼun processus de construction identitaire par le langage. La littérature gay du SIDA atteste la mise en place de nouveaux « rites de mort » (Thomas), ainsi que le développement dʼun nouveau langage destiné à perpétuer le souvenir de tous ces hommes que le SIDA a emportés si jeunes. En écrivant jusquʼà son dernier souffle, Feinberg donne un sens nouveau à la « mort de lʼauteur ».
This dissertation explores the way AIDS and death are treated in American gay literature, with a focus on works by David Feinberg, Tony Kushner and Armistead Maupin. At a crossroads where a theme (AIDS) meets a type of literature (gay literature, which pre-existed the epidemic), this dissertation takes into account the many dimensions of the HIV/AIDS epidemic: aiming at anthropological knowledge through literature (Laplantine), moving “beyond traditional disciplinary boundaries” (Campbell & Kean), it shows that, when it comes to AIDS, history probably missed the boat, but literature did not. The media, the government officials, the health authorities and the general population never took the full measure of the HIV/AIDS crisis; gay authors, by contrast, fully confronted the epidemic, while HIV was taking hold in their bodies, and produced works that deserve to be read and examined, notably because, three decades after the first cases, the HIV/AIDS epidemic still is not under control. Based on an examination of works by the three authors, that constitute a sample both in generic terms (autobiography/autofiction, novel, drama) and in terms of reception, it shows that the gay literature of AIDS is, at most, a crack or a slit, not a breakaway from the literatures that came before. As a result of this anachronistic epidemic (it appeared at a time when Man seemed to be able to believe that epidemics were a thing of the past), the body wounded by AIDS takes center stage in their lives and in their works. The dying body becomes a topos, a place of exploration and the motif that structures the text. The three authors take a somewhat surprising stance: they make an extensive use of humor—this dissertation shows that such a stance is far more than mere defense: it is part of a process of identity construction through language. The gay literature of AIDS testifies to the creation of new death rituals, as well as a new language that aims at making sure that the memory of all those young men killed by AIDS remains alive. Writing until his very last breath, Feinberg (1956-1994) gives new meaning to the “death of the author.”