« GUERRES CULTURELLES », IDÉOLOGIES ET ÉGALITÉ DES DROITS AUX ÉTATS-UNIS : LE CAS DU MARIAGE HOMOSEXUEL

Thèse de doctorat en Etudes anglophones - Université François-Rabelais (Tour)
Par Anthony CASTET
Page personnelle
Sous la direction de GEORGES-CLAUDE GUILBERT
Année de soutenance 2016

Résumé

Français Anglais
L'expression « guerres culturelles » s'invite dans les discours publics lors de l'investiture du candidat républicain à l'élection présidentielle de 1992, par l'intermédiaire de Pat Buchanan, qui déclare alors que les États-Unis sont en guerre contre une société déclinante et moralement faible. Dans ce combat pour définir l'autorité morale de la nation, Buchanan vise notamment les droits des Américains LGBT et, en particulier, ceux des couples de même sexe qui exigent l'égalité d'accès à l'institution du mariage ainsi que la protection de leur orientation sexuelle contre la discrimination. Les premières victoires de la communauté LGBT à la Cour suprême d'Hawaii (1993) et de Washington DC (1996) déclenchent une bataille politique entre conservateurs et progressistes ainsi que l'adoption de lois discriminatoires au niveau fédéral mais aussi dans les législatures d'État. Dès 2004, la légalisation du mariage homosexuel à San Francisco et dans le Massachusetts entraîne une nouvelle polémique relative à la constitutionnalisation du mariage traditionnel défendue par le président Bush, en guerre contre des juges « activistes ». Le droit fondamental du mariage pour les couples homosexuels et les familles homoparentales est alors soumis à l'approbation de la majorité hétérosexuelle par de nombreux référendums à travers le pays. La communauté LGBT subit de nombreux échecs, notamment avec l'adoption de la Proposition 8 en Californie, alors que les Américains élisent à la tête du pays Barack Obama, le premier président noir, favorable à l'égalité des droits des Américains LGBT. L'objectif de cette thèse de Doctorat est de montrer comment la victoire de la liberté dans le domaine matrimonial a permis à la communauté LGBT de se mettre en ordre de bataille, État après État, pour mettre fin à une citoyenneté de seconde zone, sensibiliser et éduquer les Américains sur les réalités de la vie homosexuelle, marquée par une longue histoire de discrimination et de préjugés hostiles aux homosexuels, souvent véhiculés par des chrétiens fondamentalistes. Nous reviendrons sur les origines historiques de cette guerre culturelle contre l'homosexualité pour montrer comment celle-ci structure encore aujourd'hui le système de gouvernement et alimente la polarisation politique, en partant du postulat que la brèche dans le mur de séparation entre l'Église et l'État est en partie responsable de nombreux blocages institutionnels et d'un patchwork de lois inégalitaires à travers le pays. Le combat pour l'égalité des droits de la communauté LGBT se révèle être, en définitive, un formidable observatoire de la démocratie américaine qui continue d'affecter l'efficacité du système démocratique des contre-pouvoirs par différents processus dynamiques liés au changement et à l'affirmation de la liberté religieuse.
The expression “culture war” first appeared in the public sphere when, during the 1992 Republican National Convention, Pat Buchanan asserted that the United States was at war against a decadent and morally weak society. Central to this struggle was the notion of moral authority. Buchanan targeted the rights of LGBT Americans, and in particular the rights of same-sex couples who were demanding marriage equality and protection against sexual orientation discrimination. The first victories of the LGBT community at the Supreme Court of Hawaii (1993) and Washington, DC (1996) brought about a political battle between conservatives and progressives as well as the passage of discriminatory laws at both federal and state levels. In 2004, the legalization of same-sex marriages in San Francisco and Massachusetts sparked off controversy over the process of amending the Constitution to define traditional marriage, which was defended by President Bush in his war against so-called “activist” judges. The fundamental right to marry for same-sex couples and homoparental families was accordingly submitted for approval by the heterosexual majority through numerous referendum campaigns across the country. The LGBT community suffered many crushing defeats, especially with the passage of Proposition 8 in California, but at the same time the Americans elected Barack Obama, with his stand on equal rights for LGBT Americans, as their first black President. The objective of this PhD dissertation is to show how the victory for the freedom to marry enabled the LGBT community to gear up for a national State-by-State campaign to put an end to second-class citizenship, raise awareness, and educate the American people to a reality that is marked by a long history of discrimination and hostile prejudice against homosexuals, with such hostility often being expressed and disseminated by fundamentalist Christians. We will revisit the historical origins of the culture war against homosexuality to show how it still structures the system of government today, and fuels political polarization, starting from the premise that the breach in the separating wall between Church and State is partly responsible for the numerous institutional deadlocks as well as a patchwork system of unequal laws across the country. The LGBT community’s fight for equal rights ultimately turns out to provide a particularly powerful insight into American democracy, and continues to affect the democratic system of checks and balances through various dynamic processes which are bound up with change and with the assertion of religious freedom.