Genre, savoir et citoyenneté. Les enjeux politiques de l’éducation des filles (de 1789 aux années 1820)

Thèse de doctorat en Histoire, mention Genre - Université Paris 8 Vincennes—Saint-Denis
Par Caroline FAYOLLE
Sous la direction de Michèle RIOT-SARCEY
Année de soutenance 2013
T.H. avec félicitations du jury à l’unanimité

Résumé

Français Anglais
Dès 1789, les révolutionnaires aspirent à régénérer la nation et à faire advenir un peuple de citoyens grâce au pouvoir de l’éducation. Dans un contexte de réélaboration des normes sexuées, s’ouvre un débat sur l’éducation nouvelle des filles. Plusieurs conceptions s’affrontent, témoignant de la multiplicité des voies possibles. Elles ont cependant en commun d’envisager la question de l’éducation à l’aune du politique et de la place des femmes dans la Cité. Cette thèse se propose d’interroger avec le concept du genre les enjeux politiques de l’éducation des filles dans les contextes révolutionnaire et postrévolutionnaire. S’inscrivant dans une histoire politique de l’éducation, elle croise l’analyse des pratiques pédagogiques et des discours sur l’éducation. Il s’agira de démontrer que l’organisation d’une division sexuée des travaux par l’éducation, suscitant des résistances, éclaire l’inégal accès à la citoyenneté entre les hommes et les femmes. L’école est au cœur de cette recherche. L’intégration des filles dans l’école primaire publique à partir de l’an II s’explique par la volonté des législateurs d’impliquer les femmes dans le processus de régénération. Ils aspirent à faire advenir, comme nouveau modèle de féminité, une « matrice des citoyens », une mère républicaine capable d’engendrer des hommes libres. Alors que s’élabore une pédagogie officielle, celle-ci suscite en 1793-1794 des tentatives de réappropriation à l’échelle locale par des institutrices. De même, des voix minoritaires revendiquent un accès égal entre les sexes à l’instruction définie comme un droit universel et un instrument d’émancipation politique. Sous le Directoire, l’école reçoit la mission de redéfinir les rôles sociaux attribués aux hommes et aux femmes. Pour cela elle opère une division sexuée des savoirs qui est dénoncée par des femmes de lettres. Le désengagement de l’État vis-à-vis des écoles de filles à partir de 1802 révèle le progressif abandon du projet pédagogique de régénération des femmes. Sous l’Empire et au début de la Restauration, l’école tend à devenir un instrument pour fixer les hiérarchies sexuées et moraliser la société dans le but de clore la Révolution. Mais des expérimentations pédagogiques innovantes témoignent de la persistance de l’espoir de transformer grâce à l’éducation les rapports entre les sexes.
From 1789, revolutionaries hoped to regenerate the nation and create a population of citizens through the power of education. In a context of redefining gender norms, a debate began about a new education for girls. Different concepts clashed, showing the many different possible approaches. However, they had in common the question of education in light of the new political context and in particular the role of women in the polity. Using the concept of gender, this thesis examines the political challenges of girls’ education in the revolutionary and post-revolutionary contexts. Situated in the political history of education, this thesis combines an analysis of teaching practices and discourses about education. It shows that a sexual division of labor produced through education highlights the unequal access to citizenship between men and women. The school is at the heart of this study. The integration of girls in public primary schools from the year II can be understood by the will of legislators to involve women in the regeneration process. They hoped to create as a new model of femininity a “citizens’ matrix”, a republican mother capable of producing free men. While official teaching methods were being established, primary school teachers attempted to reinterpret them at the local level from 1793 to 1794. Similarly, minorities called for equal access to teaching for both sexes, which had been proclaimed as a universal right and an instrument for political emancipation. During the Directoire period, schools were expected to redefine the social roles of men and women. In order to do this, there was a gender-based division of knowledge, which was denounced by literary women. The state’s disengagement regarding girls’ schools from 1802 reveals the progressive abandonment of the educational project for female regeneration. During the Empire and at the beginning of the Restoration, the school became a tool that consolidated sexual hierarchies and sought to teach morals that would end the Revolution. But the innovative education experiments bear witness to the enduring hope to transform gender relations through education.