Former pour réformer : sociologie de l’hétérodoxie policière et de l’entrée dans la profession

Thèse de doctorat en Sociologie - EHESS
Par David PICHONNAZ
Sous la direction de Michel OFFERLE
et la co-direction de Muriel SURDEZ
Année de soutenance 2014

Résumé

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Cette thèse vise à déterminer les conditions de possibilité du changement dans la police en Suisse et à évaluer la mesure dans laquelle la formation peut constituer un outil pour le promouvoir. Dans un contexte où la formation initiale a été renforcée et uniformisée au niveau national, celle-ci a en effet été saisie par des réformateurs, appartenant à différents corps de police helvétiques. Afin de promouvoir le changement en développant les compétences relationnelles des nouvelles recrues. Pour analyser ce projet réformateur et les obstacles qu'il rencontre, il est principalement fait recours a la théorie des champs de Pierre Bourdieu, selon une perspective centrée sur les propriétés sociales des acteurs, tant ceux engagés dans la formation et la réforme que les nouvelles recrues. Ce travail s'intéresse, en premier lieu, aux luttes qui opposent les réformateurs aux courants orthodoxes de la profession. Dans ce cadre, l'analyse porte sur les enjeux autour desquels se cristallisent les débats intra-professionnels et fournit des explications a l'engagement des réformateurs et aux ressorts des résistances des acteurs orthodoxes. En second lieu. Cette thèse porte sur la cible de ce mouvement hétérodoxe : les nouvelles recrues. L'étude de leurs trajectoires de mobilité sociale antérieures à l'entrée dans le métier et de leur socialisation de genre permet de donner des explications aux développements contrastés de leurs habitus professionnels. Il s'agit ainsi de montrer comment certaines dispositions, acquises avant l'entrée dans la profession, les conduisent à adhérer à la doxa professionnelle ou, au contraire, à y résister.
This study aims to determine the conditions in which change can happen within police forces in Switzerland and whether training can be a tool to promote it. Police training has been reinforced and made uniform on a national level, which has provided an opportunity for reformers to promote "relational skills" within the curriculum. I analyse this movement of reform in two ways. First, by describing the antagonistic definitions of policing that are promoted by reformers and orthodox actors, and by identifying what is at stake within these intra-professional struggles. This allows me to explain how and why reformers have developed a commitment towards change. Second, this thesis is about the target of reformers: new recruits. In order to further study the obstacles that reformers face, I analyse the way in which new recruits adapt their previous habitus (shaped by their social trajectories and gender socialization) to the structures of the policing field and evaluate the conditions in which they can resist to police orthodoxy, in order to understand this project of change and the obstacles it faces, my perspective is centred on the actors‘ (trainers, reformers and new recruits) social properties and trajectories.