Féminisme matérialiste et queer : politique(s) d’un constructivisme radical

Thèse de doctorat en Science politique - Science Po Paris
Par Sophie NOYE
Sous la direction de Jean-Marie DONEGANI
Année de soutenance 2016

Résumé

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Notre propos interroge la pluralisation des formes d’émancipation féministe en France depuis le milieu des années 1990 au regard de la confrontation entre féminisme matérialiste et féminisme queer. Nous sommes partis de l’hypothèse que l’articulation entre ces deux positions théorico-politiques est possible car elle se réalise dans les pratiques militantes queer-féministes actuelles. Nous affirmons que cette conjugaison est pertinente et mérite d’être davantage théorisée car elle porte selon nous une radicalité inclusive. L’alliance de ces deux approches interroge la définition du sujet féministe et, en particulier, l’élaboration non-essentialiste de l’unité politique. Nous analysons dans quelle mesure la démarche (contre-)hégémonique ainsi que le projet de démocratie radicale plurielle et agonistique donnent des outils pour répondre à cette question. Notre thèse est la suivante : le constructivisme radical qui résulte de l’union entre féminisme matérialiste et féminisme queer devrait développer une stratégie hégémonique de construction du sujet politique, car celle-ci prend en compte la pluralité et la contingence du social mais vise également l’unité et la stabilité du « nous » politique afin de renverser les diverses dominations matérielles. Ce constructivisme conçoit le politique comme institution du social et développe une compréhension de la politique comme organisation du conflit en situation d’indécidabilité.
This research addresses the pluralization of feminist emancipation’s forms in France since the mid-1990s in light of the conflict between materialist and queer feminisms. We have taken as our starting point the hypothesis that the linkage between these two political theoretic discourses is possible since it actually takes place in the « queer-feminist » movement’s militant practices. We argue that this combination is meaningful and deserves to be better theorized since it carries with it a message of radicalism and inclusiveness. The alliance of the two approaches questions the definition of the feminist subject, and especially the formulation of a political unity which is not essentialist. We analyze the extent to which both the (counter-)hegemonic approach and the project of a radical, agonistic and plural democracy provide us with tools to answer this issue. Our argument runs as follow : the discourse of radical constructivism that results from the union between materialistic and queer feminisms should develop a hegemonic strategy regarding the conception of the political subject for two reasons. First, this strategy takes into account the plurality of the contingency of the social realm. Second, it aims at unifying and stabilizing the political « Us » in order to reverse the various material domination’s manifestations. Such a constructivist theory thinks of the political realm as an institution of the social realm and develops an understanding of politics as the organization of conflict in a situation of undecidability.